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Quand ton moi de 2002 te parle depuis son isoloir temporel

Je suis bien trop déprimé et nihiliste ces temps-ci pour parvenir à produire de nouveaux écrits sur mon blog. J’ai perdu ma grand-mère il y a quelques mois, j’ai divorcé, je suis également en divorce syndical, niveau politique je suis apostat et niveau électoral je souffre du syndrome Tsipras-Trump, je vous fais pas un dessin, vous aurez compris.

 

Donc je vais avoir recours au voyage dans le temps, pour alimenter ce blog, ainsi que la réflexion sur LA question actuelle : Macron ou abstention ? Avant ce blog, commencé en 2011 en réaction à la crise naissante qui devait conduire 6 ans plus tard (!) à mon divorce, j’écrivais déjà. Depuis longtemps. Mais seulement pour moi. Une sorte de journal intime, si l’on veut. Je l’appelais « contrandu » pour pas faire trop tarte, un peu décalé et marginal. J’avais 15-16 ans. Le 21 avril 2002, j’étais en voyage au Maroc. Le soir : le choc. Extrait : « Je suis resté assez stoïque, mais une fois couché vers 23h, je me suis écroulé, et j’ai pleuré silencieusement jusqu’à 2h du mat’. Le matin, j’avais mal au ventre, je suis allé aux toilettes où j’ai commencé par vomir, puis j’ai chié pendant 20 minutes du liquide brunâtre, puis j’ai revomi encore deux fois, le tout dans des chiottes à la turque, ce qui est pas cool, mais alors vraiment pas… »

 

Ah ben j’ai jamais dit que j’avais du style à l’époque hein. Je n’ai pas eu l’occasion d’écrire un pavé sur l’entre deux tours en 2002, mais j’en ai écrit un suite au 2e tour des législatives. Je le retranscris ici presque tel quel, débarrassé des abréviations SMS que j’utilisais alors, mais avec les formulations et les idées d’alors. J’ai beaucoup changé depuis, et le reste aussi. Je ne sais pas si ça m’aide à répondre à LA question actuelle. Peut-être un peu.  Je ne sais pas si ça peut vous éclairer vous aussi. Peut-être un peu.

 


9 juin 2002

Du « vote utile » à droite

 

Insécurité, France d’en bas, vote utile, bipolarisation, montée des extrémismes, recul des extrémismes, politique sécuritaire, vague bleue, majorité présidentielle etc. etc. On nous bassine. Qu’est-ce qu’on peut nous bassiner !

Mais ça marche ! Ça marche ! Ce jourd’hui 9 juin 2002, 36% des inscrits n’ont pas daigné voter, et ~ 45% parmi les 64% restants ont choisi la droite. Les gens ont voté à droite. Pourquoi ? Mais pourquoi, bordel ? On leur a dit « le Président a besoin d’une majorité à l’Assemblée pour appliquer sa politique », alors, bons copains, ils se sont dit, on va la lui donner, comme ça il pourra faire sa politique.

Ont-ils oublié quelle politique ? Oui. « La cohabitation est mauvaise pour la France, la France n’avance pas. » C’est vrai. Mais maintenant, qu’est-ce qu’on va régresser, putain ! À gauche, on a pas eu le Président, c’est pas une raison pour leur donner en plus l’Assemblée. Si on ne peut pas avancer mais qu’on a le choix entre stagner et régresser, on stagne bordel, on stagne !

Et oui, on stagne. Il vaut mieux des soc’ endormis pendant 5 ans qu’une droite qui ne va pas s’endormir, elle. Les Français ont donné sa majorité, large majorité, à Chirac, avec laquelle il peut faire passer TOUT SKI VEUT ! Enlever tous leurs droits aux Français qui ont voté pour lui. Cette situation ressemble un peu, par exemple, à un mouton tapant un sprint vers l’abattoir. « Ces moutons effrayés par la liberté s’en allant voter par millions pour l’ordre et la sécurité ».

La France est un pays riche, les gens, la majorité des gens, les électeurs aujourd’hui de l’UMP, sont plutôt aisés, disons qu’ils ont largement chauffage, bouffe, électricité et eau courante. Ceci, voter à droite ne le leur enlèvera pas, se disent-ils. « Au contraire, on tapera sur les arabes qui pourraient nous l’enlever ». Dans 2 mois, ou 1 an, ou 5 ans, Chirac va vous virer de votre job, vous enlever la sécu, vous privatiser l’école, la santé, la poste, l’électricité, et il faudra tout payer au prix fort, et là, et bien là, vous serez plus aussi aisés. Mais vous voyez pas ça, bordel ?! Et encore vous, vous serez contents jusqu’à votre mort d’avoir du fric, mais après votre mort, la planète ne sera plus vivable parce que vous aurez voté pour la déshumanisation de l’Humanité, pour la privatisation de la planète Terre.

J’ai été déçu de voir que V. a voté pour le député sortant UMP. (Note du futur : ce même V. de mes amis est aujourd’hui un fervent macroniste, O tempora, O mores) Si même la jeunesse ne se rend pas compte qu’il faut changer, qu’allons-nous faire ? Faut-il continuer le combat ? Pire encore, y a-t-il encore un combat, n’est-ce pas des coups d’épée dans la vague tonitruante et inamovible du capitalisme mondial et de la destruction de la planète ?

Peut-on changer quelque chose en faisant 1,5% ou 2% ou 3% aux législatives, sans avoir aucun siège ? Comment penser qu’un jour il y aura 200 députés PC, 100 députés LCR et 100 LO à l’Assemblée, comment envisager ce genre de situation qui seule, légalement, donnerait la décision aux progressistes ? La révolution permanente, oui, bien sûr, mais celle-ci passe par l’éducation des masses aux concepts révolutionnaires, à leur élévation spirituelle, à l’abolition de leur égoïsme etc.

Mais là, 5 ans de droite dure, privatisation de l’école en projet, donc rachat par des entreprises de droite, qui donneront une éducation de droite aux familles (de droite ou de gauche) qui peuvent se la payer, et pas d’éducation aux classes pauvres, à cette France d’en bas dont on parle tant, ce qui donnera une jeunesse à moitié éduquée à droite donc de droite, et à moitié pas éduquée, donc méprisée et subordonnée à la première moitié.

Comment redresser la situation sans violence ? Ou plutôt, peut-on redresser la situation sans violence ? On peut, bien sûr, mais il faut voter PS en 2007, avoir Président + Assemblée « gauche plurielle », avoir un peu plus de PC, Verts, et éventuellement de jeunes progressistes LCR ou dérivés de cette époque future en 2012, mettre en place des collectivisations, une société communiste, le tout en réduisant considérablement les inégalités, le chômage, la précarité, et ceci assez vite pour ne provoquer que peu de mécontentements, disons que dans le meilleur des cas on arriverait au bout de 50 ans à une situation libertaire, égalitaire et fraternelle, sans compter les pays étrangers auxquels ça ne plairait pas.

Mais ON N’A PAS LE TEMPS ! Car désormais, le temps nous est compté. En 2100, les conditions climatiques ne seront plus du tout les mêmes, la vie sera différente. Et si on suit le chemin « institutionnel » que j’ai décrit, on ne pourrait réduire la pollution qu’à partir d’au mieux 2020, et ce, uniquement pour la France. Imaginons deux secondes les USA qui polluent pour eux et pour les autres, les Chinois qui sont un milliard à s’y mettre, les Indiens pareil, le Brésil 200 millions à éradiquer la forêt source d’oxygène, imaginons deux secondes tout ceci, et pleurons, pleurons et laissons échapper notre colère et notre désespoir.

Voilà, c’est fait ? Bon, et maintenant, pour finir, récapitulons : nous avons besoin de sauver la vie. Pas la démocratie, les valeurs républicaines, le droit de vote ou l’avortement, non, la vie des êtres vivants sur cette planète qui est la seule à la permettre. Le fait de naître, de vivre, d’aimer et de mourir. Nous devons défendre ceci pour tous, pas pour chacun, pour tous. Chacun de nous ne vaut rien, mais tous nous sommes égaux devant la catastrophe qui se prépare dans l’aveuglement de la vénération du Méga-dieu Argent.

Nous devons donc faire la révolution, non pas permanente, je le crains, mais prendre le pouvoir car le temps presse, et nous n’avons plus le temps de se préparer un terrain entièrement favorable. Stoppons le génocide de tout ce qui vit, stoppons la course à la vente de tout ce qui est, stoppons les pulsions dirigistes de toute la classe mondiale gouvernante, et militons pour la Révolution !



 

Retour en 2017 :

Post scriptum : en grande partie adressé à des gens du peuple « de gauche » ayant choisi contre leur intérêt, le texte ci-dessus n’est pourtant pas directement transposable à LA question actuelle :

  • Macron, est-ce stagner ou régresser ? Stagner sur les libertés, régresser économiquement et socialement ?
  • Pour l’environnement, pour la vie, Macron ou Le Pen ? Ou ni l’un ni l’autre ?
  • Pour de plus grandes chances de Révolution : Macron ou Le Pen ? Ou ni l’un ni l’autre ?

La réflexion continue.

 

 

 

 

 

 

 

Porcherie

 

Rien à voir avec le véganisme. Ou plutôt si : une porcherie, en vrai, c’est propre. Les porcs sont cools. Ils ne se détestent pas, ils ne se violent pas. Leur fange est de la bonne vieille terre. Notre fange est de la haine.

 

Classe contre classe. Police contre Théo. Théo a perdu, évidemment. Théo est jeune, il est noir, il est banlieusard, il est pauvre, et il s’est rebellé. Je ne fais pas de l’essentialisme. Je liste les raisons de la haine. Théo a été blessé dans sa chair, certes, mais une humiliation d’ordre sexuel, un viol, ça laisse des cicatrices bien plus profondes dans l’âme que dans la chair. Pour l’instant, il semble s’en remettre plutôt bien. C’est souvent le cas dans un premier temps, mais la chair meurtrie se réveille, le souvenir couve, et je crains que plus rien ne soit pour lui comme avant.

 

Tous les policiers ne violent pas, bien sûr. Même si j’imagine que les faits sont plus fréquents qu’ils ne sont rapportés. Après tout : auprès de qui porter plainte ? Le collègue solidaire du violeur ? Le procureur qui ne lui requiert jamais plus qu’une petite peine symbolique avec sursis ? Les institutions républicaines en somme ? Eh bien non. Pas les institutions républicaines. Pas celles-là. Pas pour ces gens-là. Pas pour Théo.

 

Ils n’en viennent pas tous au viol, mais leur libido semble les titiller. Ça gigote dans les slips. Les récits sont fréquents de menaces de viol, de menaces de castration, de menaces ou de coups dans les parties génitales. C’est vrai, pour être policier, il faut être viril. Les méchants sont méchants, or c’est viril d’être méchant, donc il faut être plus viril que les méchants. En plus, les noirs, ça a une grosse bite, c’est bien connu, tout le monde sait ça. Doublement virils ! Doublement méchants ! Donc il faut les dominer doublement virilement.

 

La république est-elle virile ? Doit-elle l’être ? C’est si lassant le virilisme. Si gris. Si laid. Si faible.

 

Quatre policiers réussissent l’exploit de commettre un acte de torture sexuelle inhumaine et dégradante en proférant des injures racistes, homophobes, et sexistes. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, en France, en 2017. Pangloss est secrétaire d’un syndicat de policiers. « Bamboula c’est encore à peu près convenable. » Non Pangloss, ce n’est pas à peu près convenable.

 

Que veut dire cet enrobage ? L’acte en lui-même est l’humiliation sexuée pour assurer une domination viriliste et remettre le jeune noir à sa place attitrée dans cette société, dans cette république : sa place de dominé, et de dominé docile. Mais les injures qui l’accompagnent ouvrent une fenêtre plus large. Elles laissent entrer d’autres odeurs nauséabondes, comme si on en manquait.

 

« Fiotte », « bamboula », « salope ». C’est l’ordre moral. La police ne défend pas l’ordre public, elle défend l’ordre moral. Elle défend les dominations, elle les perpétue, elle les renforce, elle les nourrit, elle s’en nourrit, et elle les régurgite par des injures et des actes dont elle jouit de l’impunité. Si je suis un policier viril et que je viole un homme, cet homme est un homosexuel, il le mérite, et il est donc faible et dominé, faible et à dominer. Si je suis un policier blanc – ça marche aussi avec des policiers racisés qui se blanchissent l’uniforme en se noircissant l’âme – et que je trouve qu’un noir ne me revient pas, ou qu’il parle un peu trop, ou qu’il semble être en train de manigancer quelque chose à rigoler comme ça avec ses copains, je dois le remettre à sa place de race inférieure, qu’il n’aurait jamais dû quitter. Et si j’ai violé un homme, c’est un homosexuel, donc c’est une femme, faible, qui doit aussi être remise à sa place de dominée. Le grand chelem de l’abjection. Les Trois mousquetaires de la haine. Et les Trois mousquetaires étaient quatre…

 

Quatre policiers violent donc un jeune noir – je dis quatre violeurs, car à ce niveau c’est de la complicité, qui de mieux qu’un policier devrait savoir identifier ce qu’est un viol et savoir que son boulot, son premier boulot, son unique boulot même, c’est de l’EMPÊCHER, PAS DE LE COMMETTRE ! – et notre classe politique – notez le mot classe – ne sait trop que dire ni que faire. Elle oscille entre soutien aux policiers, ou dénonciation de l’acte, œuvre de mauvais policiers, qui doivent en être écartés pour préserver le reste de la police républicaine. Sauf que non.

 

La police viole. Pas un policier. Pas un déséquilibré. Pas un pervers. Enfin si, un pervers. Enfin non, quatre pervers. Mais parmi des milliers. La statistique est impitoyable. Si les quatre policiers d’une même patrouille en viennent à une telle barbarie, si l’un d’entre eux commet une telle atrocité immonde sous le regard consentant – voire concupiscent ? – de ses trois collègues dont aucun ne peut ignorer ce qu’il est en train de faire et aucun n’esquisse le geste de l’en dissuader, ça fait quatre pervers, et le fait qu’ils soient dans la même patrouille veut dire qu’ils sont des milliers ailleurs, partout, forcément. On n’en trouve pas là quatre par hasard dans la même patrouille et zéro partout ailleurs. C’est systémique, c’est systématique.

 

Alors il faut remettre en cause un système. Le mot à la mode. Oui, non, d’ailleurs, on va l’oublier celui-là, il ne veut plus rien dire. Du tout. Enlevons-le du dictionnaire. Il faut remettre en cause des fondements, des procédures, des fonctionnements, des organisations, des collectifs, et une logique de domination. Ça fait beaucoup ? Ben oui. Rien que le capitalisme quoi.

 

Oui, quatre policiers qui violent un jeune noir pauvre en banlieue en proférant des injures racistes, homophobes et sexistes, c’est le paroxysme du capitalisme. Même Trump c’est le degré en dessous. C’est la fin qui justifie tous les moyens pour perpétuer toutes les dominations et toutes les soumissions, toutes les oppressions et toutes les frustrations, pour faire en sorte que les puissants ou ceux qui sont faibles avec les puissants aient toujours plus de pouvoir que les opprimés, même ceux qui luttent.

 

Alors que faire ? Socialisme ou barbarie ? Ok. Mais pense-t-on une seule seconde, une seule petite seconde, sérieusement, que le « socialisme » d’un Mélenchon ou d’un Hamon qui se gargarisent de république pourra et surtout voudra une seule seconde s’attaquer aux racines du mal ? Pense-t-on un seul moment que le « socialisme » d’un Mélenchon ou d’un Hamon réussira, plus que celui d’un Hollande, à renverser la tendance quand ils croient au conte de fées que la police républicaine protège plus la république que la bourgeoisie ? On est au moins permis d’en douter.

 

C’est pourquoi les banlieues s’embrasent. C’est pourquoi la police grimpe d’un cran et tire à balles réelles, en l’air, pour l’instant. Jusqu’au vote par les « socialistes » de la loi en discussion qui leur permettra de tirer en disant « il a couru quand je lui ai dit de pas courir ». Ces banlieues, ces jeunes, ces pauvres, ces gens racisés, on ne peut pas leur dire « 2017 est là, quelle chance ! Glissez le bon papier dans l’urne, et tout ira mieux ! » Rien n’est jamais allé mieux ! Pas à Aulnay ! Pas à Montfermeil ou à Clichy-sous-Bois ! D’ailleurs un certain nombre n’ont même pas le droit de glisser un petit papier dans l’urne, mais pour ce que ça leur servirait !

 

Donc c’est l’émeute. Ça commence à être récurrent non ? Finalement, face à la porcherie, les agneaux ne veulent peut-être pas finir à l’abattoir.

 

Aucun porc n’a été maltraité pour l’écriture de cet article, pardon aux familles des porcs, tout ça. Aucun flic non plus n’a été maltraité. Juste des pauvres gens.