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Le cosmos me chie dans la bouche

28 avril 2017

Je vais cracher ça là ce vendredi soir, comme ça je passerai un meilleur weekend. Enfin un peu moins pire que ce qui se profile.

Personne ne m’a convaincu. D’ailleurs, j’ai parlé au moins de gens possible. J’ai lu le moins de choses possible, même si c’est difficile, surtout si on utilise un tant soit peu Fesse-bouc. Je veux parler bien sûr de LA question actuelle, sur laquelle j’ai déjà réfléchi avant-hier ici-même. Je suis entré en introspection catatonique. Oui, j’aime bien utiliser des mots compliqués, ça me donne de l’importance, voire de la suffisance…

Je vais voter Macron. Voilà. C’est dit. J’ai juré mes grands dieux toute la campagne que non, dimanche à 20h je me suis dit que j’étais débarrassé de ça, et en fait non. Parce que bien sûr que non. J’estime que quiconque ne se pose pas de questions et ne se remet pas en cause est en état de mort cérébrale. J’essaye de ne pas trop l’être. Donc j’ai réfléchi, une fois mis devant le fait accompli.

Comme je l’ai dit, je n’ai écouté presque personne, presque aucun argument. D’autant moins que voltigent surtout les arguments d’autorité ou ad hominem depuis dimanche. Et j’ai retenu deux éléments pour emporter ma décision. Seulement deux.

Primo, la victoire de Le Pen déclenchera sans doute, comme le Brexit ou Trump, eux aussi de brillants votes démocratiques, une vague de violences racistes, sexistes, homophobes. Si dès dimanche soir, une horde de skins part en pogrom et massacre une personne noire, une personne d’origine maghrébine, une personne homosexuelle, ou qui que ce soit d’autre, comment pourrais-je aller à République me rassembler contre le fascisme le lendemain ? Comment le pourrais-je, si je n’ai pas utilisé cette merde de bout de papier à la con la veille pour l’empêcher, tout provisoirement que ça soit ? Pris à partie par le père, la mère, le frère ou la sœur de la victime (woho ohoh, ce serait le malheur) me demandant ce que je fais là, comment pourrais-je arguer de mon antifascisme, de mon antiracisme, de mon antisexisme, si je n’ai pas utilisé un moyen simple et sans danger pour empêcher le meurtre ? Yeux dans les yeux, ces proches me fusilleraient, ils auraient raison, et je ne m’en remettrais pas. Cette première raison est donc entièrement égoïste. Je veux pouvoir vivre avec moi-même. J’espère donc qu’elle ne convaincra personne, parce que je suis à peu près persuadé que c’est une mauvaise raison, et qu’elle ne fonctionnerait sans doute pas pour bien d’autres gens.

Secundo, et plus légèrement, je me focalise sur la gueule de Le Pen le soir de sa défaite. Je me mets à sa place. Elle y croit. Elle a toutes les raisons d’y croire. Elle n’a jamais été aussi proche. Peut-être n’en sera-t-elle jamais à nouveau aussi proche, on peut l’espérer, peut-être que si, on peut le craindre. Mais là, elle y croit. Et elle va encore paumer. Oui, de moins que d’habitude. Oui, c’est effrayant. Oui. Bien sûr. Mais je n’ai pu me décider qu’en me mettant des œillères, sinon je serais déjà à la pêche (sans canne à pêche d’ailleurs, pas très végane : donnez un poisson à quelqu’un, il mangera un jour ; apprenez à quelqu’un à pêcher, il boira des bières dans un canot toute sa vie). J’imagine donc la rage, la frustration, la déception, la colère, le nœud dans les tripes quand elle va perdre. J’imagine d’ailleurs la même chose chez tous ses fachos de partisans. Chez ses électeurs. Et je me mets à parler allemand : schadenfreude. Je prendrai plaisir à cette déception, l’ayant moi-même si souvent ressentie, bue jusqu’à la lie. Ce sera mon seul minuscule plaisir avant longtemps.

Voilà, mes deux seuls éléments de conviction. C’est maigre. Il faut que ce le soit. Je ne vais tenter de convaincre personne de me suivre. Je n’en ai pas la possibilité, n’étant moi-même aucunement convaincu. Juste auto-persuadé. Du coup, je ne publie cet article nulle part, et comme personne ne lit ce que j’écris (à part toi, bien sûr, #coeur #keur #love à toi), ça ne risque pas d’affecter grand monde . Mais j’ai décidé, et c’est irrévocable.

 

PS : (Mouahahahahaha je les avais oubliés ceux-là ^__^) Je ne serai pas présent à mon lieu de vote dimanche. Je dois donc faire une procuration. Je dois donc aller chez les flics. Chez les flics. Moi. Pour aller voter Macron. Qui m’a envoyé ses flics me gazer pendant des semaines pendant la « loi travail » et Nuit Debout. Si ça c’est pas le cosmos qui me chie dans la bouche, je sais pas ce que c’est. Mais j’ai décidé.

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