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Un mois de véganisme : le pourquoi

16 septembre 2016

 

Demain, samedi 17 septembre, j’entame un mois de véganisme. J’essayerai d’expliquer au fur et à mesure comment ça se passe, mais avant tout il faut que je dise pourquoi.

 

Peut-être faut-il déjà définir le terme. Il existe trois principaux termes pour désigner le fait de se passer plus ou moins de produits d’origine animale : le végétarisme, le végétalisme, et le véganisme. Parfois, les deux derniers sont considérés comme synonymes, mais il me semble que ce n’est pas vraiment le cas.

 

Le végétarisme est le fait de ne pas manger de chair d’animal mort. Ou vif, d’ailleurs. Les végétariens qui vous disent qu’ils ne mangent plus de viande mais continuent le poisson ou les fruits de mer n’ont pas bien compris le concept. Ça ne veut pas dire pour autant que leur démarche soit inutile. Les végétariens continuent en revanche à manger des produits issus d’animaux, comme du lait et des œufs. On peut être végétarien assez facilement et vivre socialement sans être trop chiant. C’est à peu près ce que j’essaye de faire la plupart du temps, même si je ne me suis encore jamais résolu à une observation permanente.

 

Le végétalisme est le fait de ne manger aucun produit d’origine animale. Exit donc (exeunt, pour être pédant, soyons fous) le lait et les œufs. Ainsi qu’un certain nombre d’autres dérivés animaux utilisés dans divers produits alimentaires, avec ou sans mention de leur présence sur les emballages. Le végétalisme est le premier degré inconfortable et chiant.

 

Le véganisme, c’est pousser le bouchon jusqu’au fond de la bouteille. C’est aussi pousser la logique jusqu’à son dénouement. Il implique de ne pas manger ni utiliser de quelque manière que ce soit des produits issus de substances animales, ou ayant causé une souffrance animale, ou liés d’une façon ou d’une autre à l’exploitation par l’homme des animaux. Là, il faut déjà commencer à être carrément convaincu, car on devient carrément marginal. Et ça exige à la fois beaucoup d’information et d’investigation, ainsi qu’une certaine vigilance, car on se prive alors de tout un pan de la variété alimentaire, ce qui est d’ailleurs déjà le cas avec le végétalisme, et qu’il faut faire attention à manger ce qu’il faut pour équilibrer ses apports.

 

J’ai diminué ma consommation de viande au contact de mon ex-compagne végétarienne, il y a déjà dix ans, sans aucun prosélytisme de sa part. L’absence de prosélytisme a peut-être été le meilleur moyen de m’y inciter. J’essaye de reproduire ce schéma, je parle de tout ça à mes proches, mais je ne leur reproche jamais leur mode alimentaire ni n’essaye de les moraliser. Les premiers éléments d’incitation ont été financiers : un caddie de marché ou de supermarché sans viande, ça fait bien moins cher, et ça fait du rab de fromage, de légumes, etc. Puis écologiques : lorsqu’on m’a exposé pour la première fois le bilan carbone de l’élevage mondial, et notamment bovin, j’ai tout simplement cru à une affabulation, à du conspirationnisme. L’élevage, responsable de plus d’émissions que toutes ces sales bagnoles polluantes ? Allez, à d’autres. Mais les faits sont têtus, et je suis de ceux, comme le proclame le sous-titre pompeux du présent blog, qui doutent et se remettent en question.

 

L’élevage est donc une aberration écologique. J’ai retenu le fait suivant, qui est peut-être inexact, mais qui correspond à une certaine réalité au moins d’échelle : la moitié des surfaces agricoles d’un pays comme le Sénégal servent à produire du fourrage qui part nourrir des vaches en Argentine, qui finissent en steak dans les assiettes américaines et européennes. Et les populations locales peinent à planter et à se nourrir de leurs cultures vivrières. À quel moment cette folie s’est déclarée ? Ce serait l’objet d’un tout autre article encore, mais il me semble que pour l’Europe au moins, c’est la fin de la guerre et du rationnement afférent qui a déclenché ce gavage insensé.

 

Bref, l’écologie. Puis vinrent enfin des éléments philosophiques. Qui suis-je ? Où cours-je ? Dans quel état j’erre ? Et toute cette sorte de choses… Qu’est-ce qui me donne la prérogative de tuer des animaux pour me nourrir, alors que ça ne m’est absolument pas nécessaire ? Me l’a-t-on seulement donnée, cette prérogative ? En est-ce une ? Pourquoi un mouton, ou un flétan, ou un escargot, aurait moins le droit de vivre sa vie pépère, de faire des gosses, d’aller où bon lui semble, que moi ? Serait-ce une vengeance de l’exploitation de l’homme par lui-même ? En tout cas, ça n’a pas grand sens. Aucun argument là-dessus ne m’a convaincu. Les animaux ne pensent pas ? Je peux vous présenter plusieurs milliards d’êtres humains dans le même cas. Ils ne conceptualisent pas ? Vous avez vu un corbeau utiliser le passage des voitures pour casser des noix ? Ils ne font pas de projets ? Quand un moustique a décidé de venir vous sucer, il en démord pas, de son projet. Mais pourquoi les animaux on peut pas et les végétaux oui alors ? hein ? te voilà bien emmerdé, et vlan ! On y viendra plus tard.

 

Je me suis mis à déserter les zoos. Je n’aimais déjà pas la corrida, mais d’autres spectacles m’ont paru à peine plus recommandables. Je n’ai pas tout de suite diminué le poisson et les fruits de mer, après tout on nous rabâche tellement qu’on risque la carence-de-protéines-OH-MON-DIEU qu’on se dit que sans viande il va falloir compenser. Alors qu’en fait non. Et puis je me suis aperçu que tuer un saumon ou un bulot, sous prétexte qu’ils n’ont pas quatre pattes comme nous, c’était pas mieux que tuer un cerf ou un chien. Je suis donc devenu à peu près végétarien. Et en même temps, hypocrite.

 

Hypocrite parce que j’ai continué à manger de la viande ou du poisson, par facilité, parfois, au restaurant, dans des cadres sociaux, chez des gens, pour faire comme les autres, et aussi par plaisir, il faut l’avouer. Le choix de plats végétariens bien cuisinés et savoureux en France est indigent. Mais ça n’est pas une excuse, pas vraiment. Bon ça y est, il va encore nous tartiner dix pages. J’essaye d’abréger.

 

Véganisme, pourquoi ? Parce qu’on ne peut pas faire autrement, si on est honnête, si on veut cesser l’hypocrisie, et si on a pris conscience des problèmes que j’ai rapidement exposés ci-dessus, et de tout un tas d’autres que j’exposerais si j’étais sûr que vous n’alliez pas fuir en masse au bout de quatre pages.

 

Boire du lait, manger du fromage ? Ça ne tue pas la vache ! Et même, dans les exploitations label rouge ou bio, elles sont bien traitées ! Moui. Pas vraiment, déjà. Et tout simplement, quand on boit du lait, ya pas un problème ? La lactation, c’est pas fait pour nourrir un veau ? Et il est passé où le veau, avec notre verre de Candia ? Dans l’assiette du voisin ! Et le bœuf à moins de 10 € qu’on trouve dans les supermarchés, et encore moins cher dans les préparations en tout genre, comment il est si bon marché ? Ben en fait, la vache qu’on a siphonnée nuit et jour pendant trois ans, elle est lessivée, elle est à sec, elle ne produit plus, mais il lui reste encore un peu de chair sur les os, pas tellement, mais un peu. Steak à 3 €, youhou ! La viande bovine est un sous-produit, presque un déchet, de la production laitière. Oui mais c’est bon le Saint-Nectaire fermier… Oui, c’est bon. Mais c’est fini.

 

Oui mais les œufs au moins, ça va, ça ne tue pas la pou… ah non ok j’ai compris. Voilà. L’élevage de poules, ben quand on veut avoir des œufs à la fin, et qu’on se chope des mâles, ils finissent mal. Et quand elle a pondu son ou ses œufs chaque jour, lessivée, au bout de quelques mois elle finit pareil, dans une assiette économe.

 

Mais c’est démoralisant ton truc ! Bien sûr ! Qui en doutait ? Et j’ai pas fini. Je vous ai pas encore fait le coup de l’ichtyocolle.

 

Le véganisme, j’ai même pas encore commencé, mais je me renseigne depuis quelques semaines, et ça m’a déjà ouvert les yeux comme jamais. On fout des résidus animaux dans N’IMPORTE QUOI. Mais c’est une maladie. C’est à peine concevable. L’industrie de l’alimentation animale a tellement de sous-produits, qu’il faudrait pas gâcher, qu’on en fout partout. PARTOUT.

 

La bière, c’est végan ça. De l’orge, du houblon, de l’eau, de la levure. Végan, à l’aise. Bé non. Enfin pas toutes, et beaucoup ne le sont pas. Parce que voyez-vous, ya des brasseurs qui ont eu une bonne idée, sans doute après avoir abusé de leur breuvage, mais même pas sûr, malheureusement. Y en a un qui a dit : vous savez le résidu visqueux qu’il y a dans la vessie d’un poisson quand on la lui arrache pour se marrer ? Alors là les autres lui ont dit : eh Marcel t’as encore pris la pinte de trop toi ! Nan mais sérieux les gars, ce truc visqueux ça irait vachement bien dans notre bière, les consommateurs seront au taquet, ça va épaissir notre mousse, et en plus ça évitera qu’il y en ait trop qui colle sur les parois du fût ! Ah mais ouai Marcel ! T’es promu directeur marketing. Bon on va quand même pas écrire ça sur les étiquettes parce qu’y a tous ces connards d’écolos qui viendraient râler, mais les gens ils vont kiffer.

 

Et ils l’ont fait. Et c’est un exemple parmi des milliers. Littéralement des milliers. Genre pas littéralement qui veut en fait dire figurativement. Littéralement littéralement des milliers de produits de tous les jours où on met des bouts d’animaux morts. Mais pourquoi ? Mais où ? Mais qui ? Mais quand est-ce que les Klingons viennent oblitérer cette planète ?

 

Bref, demain, véganisme. Je vais le faire bien. Je vais être chiant. Je vais être asocial, je vais documenter ça. Puis je ferai le bilan. Peut-être que je tiendrai pas. Personne n’est parfait, et la vie ne peut pas être qu’exclusion et inconfort. Enfin si, bien sûr, elle peut, et c’est même le cas le plus courant dans le monde, mais le choisir serait méprisant par rapport à ceux qui le subissent. Mais je vais vraiment essayer.

 

Ironie du sort, j’ai mon ex-chat en pension pendant deux semaines. J’aurai peut-être deux ou trois moments où elle me semblera un peu lapin à la moutarde sur les bords, mais par ailleurs connecter avec un animal de compagnie est aussi ce qui m’a fait franchir l’étage philosophique dont je parlais au-dessus. Un chat, ça s’imprègne d’humanité. On ne peut pas le voir comme un autre animal, ou comme une plante. Ça te connaît, ça interagit, ça joue avec toi. Alors pourquoi pas un mouton ? Pourquoi pas une limande ?

 

Dernier point, puisque j’ai dit que j’y revenais. Les plantes dans tout ça, pourquoi on a le droit de les bouffer ? Eh ben on n’est pas rendus. Parce qu’en fait, si on veut vraiment aller au bout, une plante, ça a tout aussi bien le droit d’être là, de pousser où ça a décidé de pousser, elles étaient là avant notre excroissance, elles pousseront sur nos tombes. De fait, certaines communautés en Inde refusent de manger des tubercules, car alors on arrache la plante entière, et on la tue. Manger des fruits ou des légumes reste permis, car la plante peut en refaire. Certains ne mangent que les fruits ou légumes tombés de la plante, pour ne pas l’agresser. Et tout ça peut se justifier. Vraiment. En faisant un effort. Mais à un moment faut aussi bouffer, quoi…

 

Vous voulez l’argument sexuel ? Oui ? Non ? Bon allez je vous le mets quand même. Celui-là il est à moi, et je sais pas ce qu’il vaut. Ça vous choque vraiment si je vous dis que quelqu’un s’est masturbé avec un concombre ou de la compote de pommes ? Bon, ok, c’est un peu bizarre, mais enfin vous avez tous au fin fond de vous un truc au moins aussi bizarre plus ou moins enfoui, alors faites pas vos mijauré-e-s. Et maintenant si je vous dis qu’une personne s’est tapé un hamster, ou un turbot, vivant ? Ou que cette personne se met des lucanes dans le fondement ? C’est quand même déjà sensiblement plus gore, et ça remue en nous des trucs vraiment malsains (sans jeu de mots, enfin bref). J’ai pas trouvé mieux. Le fait que l’acte sexuel zoophile nous semble complètement intolérable, malsain, contre nature, tandis que l’acte sexuel végétophile nous en touche franchement une sans faire bouger l’autre me paraît assez édifiant sur la distinction qu’on peut faire entre les deux catégories.

 

Ou alors c’est que moi… Bref, demain, je suis végan.

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6 commentaires
  1. Poliapof permalink

    La démarche est intéressante et bien que le véganisme ne me tente pas vraiment, je suis curieux des résultats des recherches inhérentes à cette démarche, i.e. le fait de devoir tout vérifier. On est tous au courant d’un ou deux (ou plus) trucs dégueulasses (comme l’ichtyocolle, la présure, …) issue de la production animale que l’on recycle ailleurs, mais le fait découvrir TOUS ceux présents dans notre alimentation quotidienne doit receler sont lot de surprises qui ouvrent les yeux.

    Je suis par ailleurs très content que tu ne tente pas de « faire la morale ». En dehors de toute considération, j’ai toujours trouvé que ça avait l’effet inverse. J’ai eu peu ou prou le même cheminement que toi sur ma consommation de viande mais ai toujours refusé de me faire appeler végétarien. Je repousse aussi à l’heure actuelle à toute sentence définitive, mais une autre raison étant que j’ai beaucoup eu l’image (peut-être à tord suite à quelques mauvaises rencontres) de végétariens qui tentent de convertir ou de faire culpabiliser les autres, ce qui a le don de m’agacer. Premièrement, personne n’est parfait, même le premier des végétariens a des habitudes qui, de près ou de loin, vont être agressives pour la nature ou les animaux, même de façon très indirecte. Deuxièmement, c’est le meilleurs moyen de faire fuir les gens. Au pire du pire, lorsque malgré moi je succombe au prosélytisme, je me contente d’un « vous savez que le site de l’OMS recommande de ne pas manger plus de 300 gramme de viande (oeuf compris) par semaine ? ».

  2. Tim permalink

    Bonjour,
    Il me semble que l’impact écologique de pas mal de produits « vegan » est très élevé (touts les produit importer tel que l’avocat).
    A quoi bon sauver les animaux si c’est pour détruire la planète?

    NB: Pour ce qui est des oeufs, il y a encore des oeufs provenant de poules qui ne sont pas exploités. Certe il est malaisé de ce les procurer mais c’est faisable.

    • Je ne mange quasiment jamais d’avocat puisqu’ils viennent en général de trop loin. J’essaye de manger surtout des trucs qui viennent de France, je suis tout à fait conscient des impacts écologiques de l’alimentation, je l’étais même avant de me sensibiliser à la protection animale. Tout ça doit aller de pair.

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