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La « Run&Bike solidaire » parrainée par la Française des Jeux : oxymore de rire !

24 avril 2016

Je voulais déjà écrire là-dessus l’année dernière, mais je suis un incorrigible procrastinateur alors la réédition de l’évènement m’offre une session de rattrapage. C’est en septembre, mais les affiches viennent de peupler les abribus. Il y a tellement de choses qui ne tournent pas rond avec cette affiche et avec l’évènement qu’elle annonce qu’il va falloir y aller par étapes.

 

Commençons par le plus évident : l’anglicisme snobinard. La « Run&Bike » est une course à pied et à vélo. Mais apparemment, dans l’esprit malade de communicants dérangés, la « Course à pied et cycliste solidaire », ça n’irait pas. Avec un titre en français, il est probable qu’absolument personne ne s’y inscrirait. Après tout, personne ne comprend le français en France…

 

Cette idée qu’un titre en français serait forcément ringard et moins vendeur qu’un titre en anglais, en plus d’être absurde, est dévastatrice, parce qu’elle rajoute une pierre à l’édifice de la soumission à la monoculture anglo-saxonne mondialisée. Mais bon, on va pas rester sur ça trop longtemps, et il m’arrive par ailleurs d’utiliser quelques anglicismes, bien sûr, mais je ne mettrais pas un anglicisme en titre d’un évènement français.

 

En plus, c’est la « Française des Jeux » qui parraine ! Pas la « French of the Games » ! Peut-être y a-t-il des projets chez eux de se renommer en « French Vegas Gambling » pour faire plus vendeur ? Bon, j’arrête. C’est pas tout à fait la Française des Jeux. Ce n’est d’ailleurs pas marqué « Française des Jeux », c’est marqué « Fondation d’entreprise FDJ ». C’est qui ?

 

« Dès sa création, en 1993, la Fondation d’entreprise FDJ a privilégié le sport pour agir en faveur de l’égalité des chances. La solidarité et le handicap complètent depuis ses champs d’interventions. »

Personnellement je privilégierais la taxation des profits et des successions, mais chacun sa came.

 

En fait, c’est un peu l’excuse qu’utilisent tous les organisateurs de loteries nationales : c’est pour aider des gens dans le besoin. Je vous renvoie pour plus de détails à une vidéo de l’émission « Last Week Tonight » du comédien John Oliver, en anglais (aha !), qui explique à quoi s’en tenir sur le sujet. Grosso modo, les États organisent des loteries pour faire rentrer de l’argent au lieu d’une taxation qui serait mal tolérée, disent que c’est pour des buts caritatifs, et n’utilisent pas forcément l’argent à cette fin en réalité.

 

Plus problématique : le jeu d’argent est dangereux. Principalement à deux titres : médical, et philosophique.

 

Médicalement, le jeu d’argent est connu comme étant une des sources majeures d’addiction, qui peut créer une désocialisation complète, des mensonges et des tromperies pour obtenir l’argent pour « se refaire » et en réalité assouvir son besoin. Le jeu d’argent est une drogue. Or le jeu d’argent est principalement organisé par la Française des Jeux, qui se prétend solidaire. Solidaire des victimes de l’addiction qu’elle promeut ?

 

Philosophiquement, le jeu d’argent est une plaie. C’est un espoir fallacieux de miracle vendu par pensée magique à des humains insuffisamment informés sur les statistiques et les probabilités. Du coup, forcément, ce sont les pauvres qui y jouent. Quand on est riche, pas besoin de gagner au Loto. On peut à la limite se rabattre sur les tables de craps au casino, mais le mécanisme est un peu différent. Les pauvres, les précaires, ceux qui ont tout perdu ou presque, rien gagné ou presque, sont la principale clientèle de la Française des Jeux qui, en tant que « bizness », doit trouver la meilleure façon de leur vendre leur produit : la spoliation dolosive. Et quel meilleur moyen de leur refourguer leur produit puant la merde que de l’écrire en english et de lui accoller l’épithète « solidaire » ?

 

Il se trouve que la clientèle principale de la FDJ décrite ci-dessus est aussi à peu de choses près la clientèle principale d’un autre logo apparaissant sur l’affiche : le Secours populaire, au bénéfice de qui est organisé la « Run&Bike ». Mais qu’allaient-ils faire à cette galère ?

 

Le Secours populaire, si vous ne le saviez pas, c’est l’organisation caritative du mouvement communiste, le pendant du Secours catholique pour l’Église catholique et de la Croix-Rouge pour le mouvement humanitaire pacifiste international. Le Secours populaire, c’était le Secours Rouge jusqu’au Front populaire. Pour ceux qui vont à la Fête de l’Huma, vous y êtes accueillis par un grand stand du Secours populaire, et ce n’est pas pour rien. Mais que vont-ils donc faire à cette galère ?

 

Qu’ils aient besoin de sous pour leurs activités se conçoit aisément, car les inégalités augmentent. Mais aller les chercher dans un évènement parrainé par la Française des Jeux ? C’est un peu comme si la Ligue contre le Cancer récupérait des sous dans un évènement parrainé par les Buralistes de France. Je dis ça, mais si ça se trouve cet évènement existe aussi. Les empoisonneurs ont toujours besoin de redorer leur blason public, et trouvent toujours des défenseurs des empoisonnés suffisamment peu scrupuleux pour les laisser faire…

 

En plus, il faut courir un kilomètre pour rapporter un euro au Secours populaire : moi il faudrait plutôt me payer 10€ pour me voir courir un kilomètre, mais passons.

 

On a donc sur la même affiche la FDJ et le Secours populaire, ça fait déjà mal, mais ça ne s’arrête pas là. On a d’autres mécènes, sponsors, ou parrains. Oui, parrains, c’est le meilleur terme, puisqu’on retrouve les chantres renommés de la solidarité que sont :

  • Amaury avec son journal l’Équipe (100e à 200e fortune française selon les années)
  • Bolloré avec son torchon « gratuit » DirectMatin (7e à 9e fortune française selon les années, groupe médiatique qui monte, et pollueur notoire en Afrique, et même chez nous puisque le B d’OCB, le papier à cigarettes, veut dire Bolloré !)
  • Bertelsmann avec sa radio RTL (parmi les plus grandes fortunes allemandes, possède aussi M6, 9e groupe médiatique mondial)
  • Adidas et ses 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires
  • Et JC Decaux avec Vélib (14e fortune française, n°1 mondial de la communication extérieure, propriétaire de tous les abribus, et même du mot « abribus », et qui ferme ses toilettes publiques la nuit pour que les sans abri n’y trouvent pas un abri).

 

À côté de toute cette mafia, Pro-Form, que je ne connais pas mais qui fabrique des agrès de sport, fait plutôt pâle figure.

 

Morale de cette triste histoire : les riches empoisonneurs s’achètent à coups de communication et de millions une virginité solidaire, et le mouvement ouvrier se penche pour se faire enfler et perdre ladite virginité. Marre d’être du côté des impuissants volontaires.

 

 

 

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