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Le NPA : la manif permanente

9 février 2016

7 ans, l’âge de raison ? Ou encore, 7 ans de réflexion ? Aujourd’hui, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) a 7 ans, et il n’a jamais fait sa poussée de croissance. J’étais présent sur ses fonts baptismaux, lors de son congrès fondateur à Saint-Denis, du 6 au 8 février 2009. Je publie ci-dessous le texte que j’avais produit à l’issue de la déconvenue qu’avait représenté ce congrès dans ma vie militante. Je l’ai laissé tel que rédigé à l’époque, quelques jours après ledit congrès. Il s’y trouve la part de frustration et de rancœur encore mal digérées. J’en ai conservé le titre. Il s’applique admirablement à une organisation qui a choisi le mégaphone comme logo, appareil qui crie très fort même et surtout lorsque plus personne ne l’écoute.

 

J’ai quitté le NPA, poussé vers sa sortie, dès sa fondation. Je sais depuis que ma sortie était organisée dès avant le congrès par le courant auquel j’appartenais, et que j’ai suivi dans la fondation de Gauche unitaire. Je sais depuis que la fin du congrès n’avait pas été si innocente que ça de la part des meneurs de ce courant. Une partie de ces meneurs m’a d’ailleurs par la suite poussé vers la sortie de cette nouvelle organisation, comme vous pouvez le lire en détail ici.

 

Il n’en reste pas moins que la leçon tirée de ce congrès, de cet exercice politique, fut déterminante dans la suite de ma vie militante et intellectuelle. Ce fut le premier étage de la fusée qui m’a propulsé vers la méfiance, même entre militants du mouvement dit ouvrier. Le deuxième étage a été la purge de la Gauche unitaire. Écarté car trop droitier, puis écarté car trop gauchiste, je suis maintenant centriste. Centriste dans mon apostasie. Je ne suis plus militant, et ne le serai plus avant un moment. J’ai nagé dans ces eaux, et les requins qui m’y ont mordu y nagent encore. Ils ne sont pourtant même pas dans le grand bain. Je leur en veux, car l’apostasie prive de repères, mais je suis sorti de l’eau et rentré aux vestiaires.

(Début du texte rédigé le 13 février 2009)

Le NPA vient d’être fondé, et dès son congrès fondateur il a réussi à en décourager un certain nombre de ses membres fondateurs. Son congrès fondateur fut l’accomplissement d’un processus entamé en 2001 d’appropriation du parti par la figure d’Olivier Besancenot. Je ne me prononcerai pas sur la question de savoir si ce constat est la conséquence d’une volonté de Besancenot lui-même, des anciens de la LCR dépassés par leur élève, ou un savant mélange des deux, ou même aucun des deux au départ. Toujours est-il que le congrès fondateur du NPA a réussi la prouesse de dissoudre un parti, certes vieux de 40 ans, mais qui jouissait d’un certain respect dans le champ politique et la classe opprimée, qui défendait un programme révolutionnaire sérieux et argumenté, pour fonder sur ses ruines un parti qui est une manif permanente et a renié le meilleur de ses principes marxistes, léninistes, trotskystes, pour n’en garder que le pire.

 

Les assemblées électives, préparation d’un congrès

 

Le NPA se réclame de la démocratie directe, alléguant que la démocratie représentative corrompt nécessairement. Cela n’empêche pas le congrès du NPA de rassembler des délégués représentatifs d’assemblées électives. Ces assemblées électives ont voté sur un certain nombre de questions, faisant remonter les résultats de ces votes au collectif d’animation nationale (Can). Ces résultats de démocratie directe ne seront finalement jamais pris en compte, si ce n’est dans une appréciation toute personnelle par ce Can de l’opportunité de maintenir ou de rejeter les amendements. Rappelons que le Can est une instance que personne n’a jamais élue, et que ses travaux internes ne sont pas publics, en tout cas pas publiés. Sur ce point, le récent congrès de Reims du Parti socialiste, si raillé par tous, avait au moins le mérite de faire représenter chaque motion présentée au prorata de ses voix réellement obtenues au sein de ses militants. De là à dire que le NPA pratique moins bien la démocratie que le PS, il manque des éléments qui malheureusement arriveront plus tard.

 

Le NPA se réclame également de la proportionnelle intégrale, dans le fâcheux cas où il faudrait tout de même recourir à une démocratie représentative. Ainsi, dans les assemblées électives, des délégués devaient être élus à raison d’un par tranche de dix votants entamée, sur une base de parité, pour aller ensuite revoter au congrès, sans aucun mandat précis quant aux résultats des votes dans l’assemblée élective. La parité est un objectif louable, mais la parité à tout prix peut avoir des conséquences fâcheuses : ainsi dans mon assemblée élective, quatre hommes et une femme se présentaient pour cinq postes de délégués ; une femme a donc dû à contrecœur prendre la place d’un des hommes pour que la parité soit respectée, alors qu’elle ne souhaitait pas se présenter de prime abord ; de plus, cette camarade très proche des choix de la majorité de la LCR remplaçait ainsi un camarade très proche des choix de la minorité de la LCR.

 

Les votes dans les assemblées électives ont porté sur des amendements faits aux textes, c’est à dire à ceux des amendements soumis de par le pays qui étaient portés dans chaque assemblée élective par un militant. Ce qui amena à des cas ubuesques où un amendement porté par un militant « pour le débat » ne recueillait en fait aucun suffrage « pour ». Mis à part les votes sur la globalité de chacun des textes fondateurs, le seul amendement, parmi les centaines déposés dans toute la France, le seul étant obligatoirement soumis au vote des assemblées électives était l’amendement dit « de Clermont-Ferrand » portant sur la stratégie du NPA aux élections européennes de juin 2009. Ce point a son importance. Ce vote était donc jugé comme devant obligatoirement être effectué dans toutes les assemblées, par tous les militants, et devant donc donner une idée claire de l’orientation à prendre par le NPA, au travers des deux stratégies contraires soumises aux suffrages : celle du texte établi par le Can et celle de l’amendement « Clermont ».

 

Il semble donc autorisé de penser que le clivage fait sur cette question était un clivage national, représentatif du processus de construction du NPA, tandis que les clivages observés sur d’autres questions, non obligatoirement soumises au vote, ne concernaient chaque fois que la réalité de chaque assemblée élective. Toutefois, seuls 4400 votants sur les 6800 au total eurent à voter cet amendement « Clermont », ce qui signifie qu’un tiers des assemblées électives ne suivirent pas la consigne d’organisation du congrès. Ce tiers d’assemblées électives élurent donc des délégués indifféremment de leur opinion favorable ou défavorable sur l’amendement Clermont, pourtant question cruciale comme on l’a vu, et dont les militants ne purent ainsi pas forcément prendre connaissance, car on sait qu’il est difficile de se tenir à jour de tous les bulletins de congrès en quelques heures lors d’une assemblée élective.

 

Parmi les assemblées qui votèrent sur cet amendement, certaines, comme celle à laquelle j’appartenais, votèrent majoritairement ce texte, et appliquèrent donc la représentation proportionnelle dans la mesure du possible sur ce point : toutefois, en raison d’obligations paritaires, seuls deux candidats masculins sur 5 portèrent cette option, sous-représentant ainsi cette option au congrès. D’autres votèrent contre ce texte et adoptèrent une représentation proportionnelle en conséquence. D’autres enfin votèrent contre ce texte et appliquèrent un mode de scrutin connu en anglais sous le nom de « winner takes all », c’est à dire que l’amendement étant rejeté, aucun délégué le défendant ne fut élu.

 

Tout ceci entraîna une forte sous-représentation des délégués élus par leur assemblée élective et défendant l’amendement Clermont. Il est à noter également que les candidatures au Conseil politique national (CPN) étaient à déposer et à faire ratifier dans ces assemblées électives. Le nombre et le choix n’en était pas réglé à l’avance, et le mode de scrutin au congrès n’était pas clair non plus pour nombre de militants.

 

Enfin, dans les préparatifs du congrès, le futur nom du parti devait être débattu et voté. Au fur et à mesure du processus, le nom de NPA s’imposait de plus en plus, et le Can avait proposé le nom « Agir » qui apparaissait comme quasiment la seule alternative à la pérennisation du nom provisoire. Lors des assemblées électives, quelle ne fut pas la surprise des militants de constater que « Agir » était proposé, par le Can, en deux versions différentes, divisant ainsi ses espoirs de voix. Toutefois, ce nom fut retenu, aux côtés de NPA et de 3 autres, pour être présenté au congrès fondateur.

 

Le congrès fondateur, vacuité politique et construction identitaire

 

Le congrès fondateur s’ouvrit le vendredi matin par un discours d’introduction, puis l’après-midi par les premiers travaux en commissions sur les différents textes. J’ai assisté à la commission sur les principes fondateurs, sans y prendre part car n’étant pas délégué mais simple organisateur à badge bleu. Les débats ne portaient pas sur des lignes ou des choix politiques clairs, mais sur des tournures de phrases, parfois sur des mots, un mot, voire une conjonction de coordination, ce qui donnait un résultat saccadé, sans cohérence, et au final peu politique.

 

Le deuxième jour, samedi, place au vote, justement sur ces principes fondateurs et ses amendements. Passons sur la proposition de ne plus combattre la montée des nationalismes, heureusement rejetée. Un vote doit déterminer le titre de la partie 2 du texte : socialisme, écosocialisme, ou socialisme du XXIe siècle ? Le terme sera remplacé à toutes ses occurrences le long du texte : le vote est donc important, pas suffisamment important toutefois pour dégager une sensibilité, comme veulent le faire croire certains en pure mauvaise foi, car ne portant que sur un mot, et ne précisant en aucun cas ce qui se trouve derrière. Socialisme obtient 263 voix, socialisme du XXIe siècle 186 voix, et écosocialisme 185 voix. Que faire ? Le bureau s’accorde le temps du vote sur l’amendement suivant pour proposer une solution. Nous avons plus haut fait la comparaison avec la pratique de la démocratie telle que l’a montrée le Parti socialiste à l’occasion de son congrès de Reims : lorsque Martine Aubry et Ségolène Royal arrivèrent au coude à coude avec un nombre trop petit de voix pour faire la différence de manière irréfutable, une commission de récolement fut mise en place. Je crains que les statuts du NPA n’aillent pas dans une telle subtilité juridique. Le récolement en question aurait dû consister en un revote sur la question avec double ou triple comptage. Il n’en fut rien. Le bureau décida d’effectuer un deuxième tour entre les deux propositions arrivées en tête, même si la deuxième ne l’était que d’une voix. Et pourtant, le comptage ou le non comptage d’une voix ne tenait parfois pas à grand chose, comme le montrera l’exemple suivant. « Socialisme du XXIe siècle » l’emportera finalement dans le texte, même si dans les faits rien ne le distingue du socialisme du XIXe ou du XXe siècle, et rien n’est proposé pour le mettre en œuvre au XXIe siècle.

 

Finalement, le vote sur l’ensemble des principes fondateurs, amendés par les amendements retenus. Qui est contre ? À côté de moi, une main s’élève, celle de mon frère, délégué de son assemblée élective. Les délégués étant répartis en 6 blocs (mon frère faisant partie du bloc 2) pour faciliter le comptage par les compteurs recrutés par le bureau du congrès, le bureau demande les résultats aux blocs : bloc 6 ? 0. bloc 5 ? 0. bloc 3 ? 0. bloc 4 ? 0. bloc 1 ? 0. Les compteurs du bloc 2 scrutent le bloc 2, l’air affairé, et ne voient aucune main levée. Bloc 2 ? 0. Mon voisin et moi-même protestons auprès du compteur, qui fait mine de s’apercevoir qu’il y avait là une main levée, mon voisin proteste toujours, veut que son vote soit pris en compte même s’il est le seul, mais le compteur lui fait signe que c’est fini, le résultat a été proclamé, plus moyen de revenir dessus. Il ne fallait sans doute pas entamer la jolie unanimité, toute relative car les abstentions et les personnes ne prenant pas part au vote sont elles comptabilisées. Les votes du congrès du NPA commencent sur de bons rails démocratiques… (nb : l’unique vote « contre » fut plus tard intégré dans le compte-rendu du congrès)

 

Les votes s’effectuent par ailleurs selon la procédure franchement lourde et délétère, du « pour », « contre », « abstention », « NPPV ». Cette procédure est certes traditionnelle, mais qui serions-nous si nous ne remettions jamais en cause nos traditions ? Au choix des conservateurs, des gauchistes ou des dogmatiques orthodoxes. D’abord, quel est le statut dans un tel vote du délégué qui n’a levé sa main à aucune des propositions ? Il n’existe pas ? Bien sûr, il n’a pas pris part au vote, mais il n’a réellement pas pris part au vote, alors que ceux qui lèvent la main pour dire qu’ils ne prennent pas part au vote… prennent part au vote ! En plus, comble du procédurisme, les votes « pour » ou « contre » sont parfois tellement massivement nombreux que la difficulté de les recompter rebute le bureau, qui décide alors de sa propre initiative de déduire ces « pour » ou ces « contre » par soustraction des autres choix. On déduit donc le nombre de délégués qui votent « pour » ou « contre » un texte, donc expriment un choix politique, de la soustraction entre le total des délégués et le nombre de votes respectivement « contre » ou « pour », « abstention » et « NPPV », ce dernier n’exprimant aucun choix. Et les délégués qui étaient aux toilettes pendant le vote ? Et les délégués qui étaient déjà rentrés chez eux à 19h30, rebutés devant la longueur de la procédure ? Auraient-ils voté « pour » ou « contre » ? Toujours est-il qu’ils sont inclus d’office, par soustraction, dans la position qui semblait majoritaire de prime abord. Quand on pratique la démocratie, on le fait jusqu’au bout.

 

Samedi après-midi, débat sur la résolution concernant la participation aux élections européennes. Présentation des deux textes en concurrence, qui ont évolué : le texte du Can est réécrit au regard de certains amendements, l’amendement Clermont est remodelé par divers amendements venant de nombreux comités. Le « projet de réécriture » présenté par un camarade marseillais (ancien membre de la majorité au bureau politique de la LCR) contient une condition sine qua non à une unité aux européennes : la sortie du nucléaire. Cette question n’a pour l’instant jamais été avancée au cours des réunions unitaires, et n’a jamais empêché la LCR de se présenter aux élections européennes ou autres avec Lutte ouvrière, organisation pourtant au moins aussi peu en accord avec nous que le PCF sur cette question. Mais cette question se retrouve parachutée parmi les « thèses d’avril » de l’orientation commune aux élections européennes. L’autre condition non négociable, c’est l’unité durable, à toutes les élections, sur le mode probablement du Front ample uruguayen.

 

Profitons de ce point pour démystifier une mystification courante dans les arguments majoritaires : l’unité durable à toutes les élections, négociée d’avance et jamais rediscutée ou renégociée par la suite, n’existe pas. Ou plutôt elle existe : elle s’appelle « adhésion au parti » ou « fusion ». On ne défend, nécessairement, pas les mêmes orientations à chaque élection : des orientations sur le plan communal pour les municipales, des orientations sur le plan communautaire européen pour les européennes, des orientations sur le plan régional pour les régionales. Il faut donc en discuter à chaque fois. Ce sur quoi on ne bouge pas entre chaque élection, ce sont les principes fondateurs, et là vouloir que le PG, le PCF et la Fédération adhèrent à nos principes fondateurs reviendrait à leur poser l’ultimatum de rentrer dans notre parti.

 

Les débats en parlent, tout comme ils parlent du reste. Le mot « identité » est prononcé de nombreuses fois dans la bouche des partisans de l’unité « durable et sans nucléaire ». Il ne faudrait en effet pas gâcher la belle identité du NPA en se présentant avec d’autres organisations qui mettraient leur logo à côté du nôtre et leur sigle à côté du nôtre, rendant notre éventuel succès moins imputable à nous seuls et plus à un collectif. Un camarade vient même défendre au micro qu’il ne faudrait pas du tout participer aux élections européennes, car elles coûtent cher et ne servent à rien, position finalement la plus honnête et la plus en accord avec les principes fondateurs votés le matin même, c’est à dire gauchiste au sens léniniste du terme. Construisons donc l’identité du NPA : mais quelle identité au fait ?

 

Le nom du parti : du nouveau avec du déjà vieux

 

Le soir, débat et vote sur le nom du parti. Alors que, comme nous l’avons vu, Agir semblait être la seule alternative réelle à Nouveau Parti anticapitaliste (les autres propositions étant Parti de la gauche anticapitaliste, Parti anticapitaliste révolutionnaire et Parti anticapitaliste, c’est à dire des noms très proches et uniquement protestataires), un camarade a soudain dans la journée fait remarquer que l’acronyme « Agir » était celui d’une formation d’extrême-droite en Belgique, ce qui est vrai. Du coup, les congressistes l’ont abandonné et il fut relégué en dernière position avec seulement 42 voix. Personne ne s’était aperçu qu’il existait un Agir d’extrême-droite avant ce congrès, ou ça ne dérangeait vraiment personne. Au reste, le nom finalement retenu, quoique fortement concurrencé par Parti anticapitaliste révolutionnaire, a pour sigle NPA, qui est une organisation internationalement reconnue comme terroriste, le NPA maoïste des Philippines qui compte prendre le pouvoir par les armes en établissant la « Nouvelle démocratie » maoïste. Il est vrai toutefois que ce fait ne choquera personne au NPA français, ce dernier étant plus proche de l’organisation de guérilla maoïste que de l’organisation d’extrême-droite, comme l’ont prouvé certains de ses adhérents médiatisés.

 

On pourrait ne pas relever que les deux seuls noms certifiant que le parti est à gauche furent éliminés dès le premier tour, mais on pourrait aussi le relever. Il est d’ailleurs tout à fait symptomatique que les seules occurrences du terme même de « gauche » dans les trois textes votés par le congrès s’appliquent à la gauche dite « institutionnelle », c’est à dire réformiste, que nous refusons, et jamais à la nôtre, de transformation sociale. Pour autant que l’on sache, si la gauche n’est pas nécessairement anticapitaliste, l’anticapitalisme n’est pas nécessairement de gauche.

 

Un final amer

 

Dimanche, dernier jour du congrès. La matinée est consacrée au vote sur les élections européennes. Bizarrement, le vote n’est pas jugé contradictoire entre la proposition de réécriture du texte initial et le « nouvel amendement Clermont ». Chaque texte fait l’objet de 3 interventions « pour » de 5 minutes chacune, ce à quoi, encore une fois, aucun autre vote lors du congrès n’avait donné lieu, reflétant bien la prépondérance de cette question. Lors du « pour » le projet de réécriture présenté par le camarade marseillais, celui-ci a ces deux phrases presque irréelles : « Jean-Luc Mélenchon a fait fort dans l’Hérault : il a dit qu’il était favorable à un coup électoral ; eh bien Jean-Luc Mélenchon, pas nous, si c’est ça, ce sera sans nous. » On en déduit que le NPA préfère faire le score électoral le moins élevé possible, car faire un coup électoral, c’est à dire un bon score, serait une honte qui salirait sa pureté dogmatique révolutionnariste ; on lui suggérera alors de ne pas se présenter du tout, préservant ainsi du même coup sa pureté dogmatique révolutionnariste, et laissant les infâmes réformistes jouer aux élections entre eux. Autre phrase encore plus irréelle : « Francis Wurtz a dit la chose suivante au sujet du Parlement européen : que chaque fois qu’il y aurait la possibilité d’une mesure positive pour les peuples, il travaillerait avec les socialistes du PSE » sous-entendant que c’était là une infamie : on en déduit cette fois le constat hallucinant que si le groupe socialiste au Parlement européen propose une mesure positive pour les peuples, par exemple un moratoire sur les licenciements économiques, d’éventuels eurodéputés NPA voteraient contre, parce que cette mesure est proposée par le PSE. Que le NPA est donc prêt à aller contre le peuple pour assouvir sa haine des sociaux-démocrates. Au reste, les eurodéputés LCR avaient déjà en leur temps voté contre l’institution d’une commission sur la taxe Tobin, sous prétexte qu’elle serait présidée par Pasqua, le résultat étant qu’aucune commission ne fut instituée du tout. La politique du pire comme mode de raisonnement politique : on croirait qu’il n’y a aucun syndicaliste à la direction du NPA.

 

Chaque texte est alors soumis au vote avec pour, contre, abstention, NPPV. Pratique quand on veut interpréter les résultats comme flous et ne reflétant pas une véritable sensibilité. 94 délégués sont contre le texte initial réécrit et 467 pour, 101 sont pour l’amendement ex-Clermont et 484 contre.

 

Le groupe désormais minoritaire soutenant cet amendement se réunit alors pour tirer les conséquences de ces votes en vue de l’élection du CPN l’après-midi. On a vu et démontré jusqu’ici que le débat sur la stratégie à adopter aux élections européennes fut le seul point à provoquer un véritable clivage de fond politique au congrès, puisque, après tous les votes sur les amendements, les principes fondateurs ne recueillirent qu’une voix contre (non comptabilisée…), les statuts 8 voix contre et la résolution européenne sans la stratégie concrète 6 voix contre. Le nom du parti fut très disputé, mais il faudrait être d’une cynique mauvaise foi pour prétendre qu’il pourrait donner lieu à représentation proportionnelle dans une direction, comme le fit pourtant un membre du bureau. Il était donc tout naturel, pour les militants ayant soutenu l’unité électorale tout au long du processus de construction du NPA contre vents et marées (c’est à dire contre les interventions sans concertation de leur base effectuées par des membres de la majorité du bureau politique de la LCR dans la presse qu’ils se plaisent à qualifier de bourgeoise quand les minoritaires s’y expriment parfois), il était donc naturel que ce débat et ce vote clivant soient reflétés au sein du CPN, l’instance dirigeante du NPA. Rappelons que dans cette optique, les statuts votés la veille prévoyaient « que ce CPN serait composé à la proportionnelle si des orientations politiques contradictoires étaient proposées au vote du congrès ». La quasi-unanimité du congrès étant d’accord sur les principes fondateurs, les statuts, et la résolution sur les européennes excepté la stratégie immédiate, quelles orientations politiques contradictoires pouvaient donner lieu à représentation proportionnelle autres que les deux options « initiale amendée majoritaire » et « Clermont refondue minoritaire » ?

 

Dans cette optique, le CPN devant être composé d’environ 150 membres selon les statuts adoptés, et l’amendement minoritaire ayant obtenu 101/(101+484) = 17,26% (ou 94/(94+467) = 16,76% selon le vote retenu), une liste d’environ 17% de 150 membres, soit 26 noms, fut constituée pour représenter cette stratégie au CPN, en respectant l’exigence de parité. Cette liste était évidemment présentée au dernier moment au bureau de congrès, le vote sur les élections européennes ayant été retardé du samedi soir initialement prévu au dimanche matin soit deux heures avant l’élection du CPN. Par ailleurs, cette liste ne comportait que 13 candidats initialement présentés devant leurs assemblées électives, car aucun n’avait prévu que cette sensibilité remporterait un tel succès. Il a donc fallu faire avec les moyens du bord, à toute vitesse, à cause du retard pris dans le congrès par des débats fertiles en verbiage et stériles en politique. Du reste, certains camarades retenus par la commission des candidatures dans sa proposition initiale n’étaient pas, eux non plus, des candidats déclarés de la première heure, et étaient intégrés par pure exigence paritaire par exemple.

 

Le bureau est arrivé pour présenter sa liste de 183 conseillers politiques nationaux. Les noms commencèrent à défiler, et soudain les noms de famille disparurent pour ne laisser que prénom, profession et département. La salle demanda pourquoi les noms n’apparaissaient plus, le bureau répondit que certains lui avaient demandé qu’il en soit ainsi, ces « certains » ayant manifestement suffisamment d’influence pour que leur volonté s’affranchisse d’un vote du congrès sur la question. De là à penser que la persistance de nombreux noms de membres du bureau politique de la LCR aurait pu paraître abusive, 45% de ce CPN venant de feue la Ligue (contre 30% des militants seulement), il n’y aurait qu’un pas que nous ne franchiront évidemment pas. Parmi ces 183 noms, 5 figuraient aussi sur la liste des 26 proposée par les minoritaires. L’intégration des 21 restants, qui aurait porté le CPN à 204 membres tout en respectant la parité, aurait satisfait la sensibilité minoritaire au sujet des élections européennes, bien que sa représentation s’en serait vue réduite à 26/204 = 12,74%. Mais la majorité voulait être majoritaire sur un score stalinien, pas sur un score chiraquien.

 

Elle tenta d’abord d’alléguer que les 5 noms déjà intégrés au titre des courants de feue la LCR, manœuvre pourtant refusée par ce courant, étaient suffisants et qu’aucune réelle sensibilité ne méritait de toute façon d’être représentée proportionnellement à ce congrès. Là revinrent les allégations d’un vote flou, car organisé en deux votes non contradictoires par le bureau. Puis, un membre du bureau, dans le cadre d’un point d’ordre et non d’un plaidoyer sur un texte, appela la salle à rejeter la liste de 26 noms proposée. Quelle sorte de démocratie est-ce là, quand un membre du bureau devant faire appliquer des règles d’ordre neutres prend parti pour un des choix soumis au vote ? La même démocratie semble-t-il que celle d’un ministre de l’Intérieur qui prendrait publiquement parti pour un candidat à une élection. Cet appel à rejeter la liste de 26 noms était d’ailleurs complété par l’acceptation magnanime d’une quinzaine de noms, sans citer lesquels ni sur quelles bases ils seraient choisis. Un délégué minoritaire vint à la tribune exposer que si la majorité s’arrogeait le droit de choisir la composition de la représentation de la minorité, il n’y aurait pas de représentation de la minorité du tout.

 

Et c’est là que commencèrent les huées. Un congrès politique d’un parti de gauche ne devrait jamais comporter de huées. De vivats, de chants, d’applaudissements, mais jamais de huées. Les huées sont l’arme de la droite qui perd des élections, les huées sont l’arme des faibles d’esprit, les huées sont la négation de l’intelligence. Sur cette base, le bureau reprit la parole pour dire que l’application des statuts requérait que des plates-formes contradictoires aient été votées, terme qui n’apparaît nulle part dans les statuts, et que le seul moyen d’avoir une représentation proportionnelle était d’en soumettre une immédiatement au vote avec sa base politique, ultimatum bien entendu sorti de nulle part, et d’une mauvaise foi caractérisée car demandant de rédiger un texte de plusieurs pages en quelques minutes, sorte de condition irréalisable qui n’est pas sans rappeler les conditions sine qua non impossibles à remplir par les éventuels partenaires d’une unité électorale. Un délégué minoritaire allant demander une interruption de 5 minutes pour en discuter, la salle gronda avec véhémence, protestant qu’elle avait des trains à prendre, ce qui pour être vrai aurait pu être évité par une meilleure tenue de l’emploi du temps du congrès par son bureau. Dans ce grondement de la salle commençait à poindre plus que de l’agacement, ce qui fut confirmé par la suite.

 

Au bout des 5 minutes, où les minoritaires s’étaient réunis dans un coin de la salle pour discuter de la suite des événements, une partie de la salle commença à brandir son bulletin de vote en scandant « on vote ! on vote ! », certains debout, la voix un rien hystérique et le regard mauvais : non, décidément, ce n’était plus de l’agacement, c’était une haine larvée. Je me suis demandé depuis s’il n’aurait pas fallu proposer au vote l’exclusion de la minorité, qui aurait sans doute recueilli la majorité, clarifiant ainsi l’état d’esprit général. J’étais, comme plusieurs de mes camarades pourtant comme moi anciens militants et membres de la LCR, dans un état de profond malaise, partagé entre l’envie de vomir et de pleurer, et je me suis demandé si c’était ce qu’on ressentait lorsqu’on était victime d’une purge après avoir longtemps milité ensemble dans le même parti, et ce qui serait advenu de nous si le NPA avait été au pouvoir avec des armes à sa disposition…

 

Le vote fut ce qu’il fut, une formidable preuve d’esprit critique et de libre choix éclairé, puis le bureau mit sa dernière manœuvre à l’ouvrage en projetant sur le grand écran les paroles de l’Internationale à l’avance afin qu’elle soit chantée sitôt les résultats proclamés, sans laisser à notre seul camarade minoritaire membre du bureau le loisir de faire une annonce sur notre position quant à cette inclusion de 13 noms choisis par la majorité. La majorité qui choisit elle-même sa propre opposition, c’est ainsi qu’un ex-socialiste se retrouve ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale. Ce fut la troisième fois, après la victoire de la gauche plurielle dans ma ville de Clamart en 2001 après 40 ans de droite et l’enterrement de feue ma grand-mère, que je chantai l’Internationale les larmes aux yeux.

 

Le NPA a réussi la synthèse entre gauchisme programmatique et méthodes staliniennes, entre construction identitaire sur le culte d’un chef (que personne n’a élu porte-parole du NPA d’ailleurs…) et nécessaire stigmatisation d’un bouc émissaire minoritaire. Que d’énergies gâchées ! Que de bonnes volontés bafouées ! Le NPA retombera vite en dessous de ses 9000 adhérents actuels, 7000 si l’on compte sans croire à sa propagande les votants aux congrès locaux et les excusés, et ne constituera qu’une LCR diminuée en contenu et en base électorale, faute de proposer aux travailleurs dont elle se réclame une réelle alternative concrète et un réel projet politique, se contentant, en fait de principes fondateurs et d’orientation, de simples slogans de manif. Le NPA, c’est la manif permanente, zéro proposition, les luttes mais pas de débouché politique, donc zéro résultat.

 

S’il faut, bien sûr, rester dans le NPA de manière fractionnaire (le droit de fraction ayant été souverainement voté lors du congrès) dans un premier temps, pour y populariser l’idée de l’unité dans les luttes et les urnes, et travailler à construire le Front de gauche dont le peuple a impérieusement besoin et qu’il attend, il faudra aussi nécessairement se poser la question, si le NPA ne mène pas ces négociations avec ouverture d’esprit et s’il se replie dans sa logique identitaire, de notre appartenance même à cette organisation.

 

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From → Vrac

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