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Point sur les primaires, notamment républicaines, aux États-Unis

6 janvier 2016

Le caucus de l’Iowa se déroulera dans moins d’un mois, le 1er février 2016. Le 9 février, ce sera au tour du New Hampshire d’organiser sa primaire. Il est donc temps de faire à nouveau un point sur l’état de la course, avant tout chez les Républicains (les vrais, les états-uniens) qui voient leur primaire la plus serrée de longue date. Je vous suggère, pour ceux qui ne l’auraient pas fait, de lire d’abord la présentation générale que j’avais faite ici. Aujourd’hui, je vais reprendre les éléments chiffrés issus des paris en ligne et des sondages, en m’attardant cette fois davantage sur les sondages des deux « early states », Iowa et New Hampshire, que sur les sondages nationaux qui ne sont plus les meilleurs indices nous permettant d’entrevoir d’éventuels résultats.

 

Tout d’abord, que s’est-il passé pendant les deux mois qui nous séparent de mon précédent article ? Fiorina a bel et bien dégringolé dans les choux, et plusieurs candidats mineurs se sont retirés : Jindal, Graham et Pataki. Plusieurs débats télévisés ont eu lieu, qui n’ont pas vraiment constitué des « game-changer », selon le vocabulaire d’outre-Atlantique. Peu à peu, on a atteint la date butoir de déclaration de candidature à la primaire dans un certain nombre d’états, avec parfois des informations révélatrices sur l’état des troupes et des forces militantes de certains candidats. En effet, un candidat doit certes postuler en son nom, mais s’il veut in fine concourir à la convention républicaine l’été prochain, il lui faut aussi remporter des délégués qui y voteront pour son nom, et pour les remporter il faut d’abord les présenter. Il faut ainsi présenter entre une quinzaine et plus de 100 délégués selon les états, et un candidat qui ne présente pas une liste complète montre soit qu’il ne souhaite pas gagner, soit qu’il ne s’en donne pas les moyens. Des candidats comme Huckabee, Paul ou Santorum ont ainsi eu quelques difficultés ici ou là.

 

Élément que je n’avais pas mentionné dans mon précédent article : la levée de fonds, fundraising en version originale. Une élection états-unienne, peut-être plus que toute autre élection démocratique au monde, se gagne à coups de dollars. De centaines de millions de dollars. L’effort de levée de fonds est donc et doit être considérable pour tout candidat qui veut se donner de bonnes chances. Pas de place pour les petits poucets. Le nerf de la guerre, c’est de payer des pubs à la radio et à la télé, et d’embaucher des équipes pour faire du porte à porte et du courrier dans les états à enjeux. Les évènements un peu partout auxquels se déplacent les candidats pendant leur campagne sont d’ailleurs souvent des « fundraisers », en plus d’être des débats ou des réunions publiques. À ce petit jeu, c’est Carson qui recueille le plus sur le dernier trimestre : 23 millions de dollars récoltés. Pas loin derrière, Ted Cruz, avec 20 millions. Il faut néanmoins rappeler que Donald Trump n’a pas besoin de lever des fonds, puisqu’il a 4,5 milliards de dollars en valeur dans sa société. D’ailleurs, Donald Trump a commencé à dépenser ses toutes premières sommes d’argent, achetant quelques pubs à la radio et très récemment à la télé, ainsi qu’embauchant des équipes de terrain (de « ground game ») dans les premiers états, Iowa et New Hampshire notamment.

 

Le reste de l’évolution, regardons-la tout simplement avec une courbe des sondages nationaux, et vous comprendrez.

RCP average 6-1-16

Plusieurs choses ressortent de l’évolution du « RCP average », cet agrégateur de sondages dont je vous avais parlé la dernière fois.

 

On voit que Carson a été définitivement décroché à la mi-novembre. Comme on le verra avec les chiffres des paris en ligne, il a perdu la moindre chance de remporter la primaire. Les 23 millions de dollars qu’il a récoltés seront un immense gaspillage, et il a d’ailleurs d’ores et déjà dû tailler dans le vif de ses équipes de campagne, car avec cette chute sondagière, les dons ont commencé à se tarir en décembre.

 

Sa chute vertigineuse s’est faite au bénéfice des trois autres principaux candidats :

  • Trump qui a continué à grimper à des hauteurs où on ne croyait pas le voir, atteignant ou frôlant les 40% dans plusieurs sondages nationaux ;
  • Rubio qui a confirmé son statut de poulain de l’Establishment au détriment de Jeb Bush ;
  • Et en enfin Ted Cruz, qui a dans un premier temps suivi la même courbe que Rubio.

 

Enfin, début décembre, Rubio a plafonné et légèrement glissé, laissant à Cruz le soin de détrôner Carson de sa seconde place. Cruz a ensuite beaucoup grimpé en décembre, et ce qui n’apparaît pas sur ce graphe c’est qu’il a presque fait jeu égal avec Trump dans certains sondages nationaux, et qu’il l’a en plus dépassé dans l’Iowa, on y reviendra.

 

Dernier enseignement de ce graphe : Chris Christie, que j’évoquais en clôture de mon premier article, a récemment légèrement dépassé Jeb Bush comme dauphin de Rubio parmi l’Establishment, et sa force de frappe dans le Nord-Est (il est gouverneur du New Jersey) pourrait l’aider à frapper un coup dans le New Hampshire. Jeb Bush est à peu près mort cliniquement.

 

Nous avons donc désormais trois « frontrunners », l’un seulement de l’Establishment. Nous avons ensuite Carson qui dégringole et qui ne compte plus pour grand-chose. Et nous avons les deux roues de secours de l’Establishment, Christie et Bush, au cas où Rubio sauterait.

 

Une rapide typologie des électorats des trois camps.

 

Les électeurs de Trump sont aux deux tiers des hommes, en colère, plutôt pauvres, plutôt peu éduqués, ne se disant pas si conservateurs que ça, et plutôt peu religieux pour des Républicains, des déçus du rêve américain en somme.

 

Les électeurs de Cruz (et de Carson) se disent très conservateurs et très religieux, ce sont un peu plus des hommes que des femmes, mais ils sont assez répartis parmi les classes sociales, les revenus et les niveaux d’éducation. Ce sont les fous de dieu, évangélistes, « born again Christians » et autres fondus de tous bords obsédés par l’avortement et le mariage homosexuel.

 

Enfin, les électeurs de l’Establishment se disent volontiers plus modérés, sont un peu plus des électrices, sont plus riches et plus éduqués, donc plus citadins. Ils sont plus religieux que les trumpistes, mais moins que les cruzistes.

 

Les vases communicants entre eux sont intéressants, en cas d’abandon de leur favori :

  • Les trumpistes sont 2/3 à être prêts à soutenir Cruz, mais seulement 45% à être prêts à soutenir Rubio
  • Les cruzistes sont 60% prêts à soutenir Trump, et 70% prêts à soutenir Rubio
  • Enfin, un quart seulement des électeurs de l’Establishment seraient prêts à soutenir Trump, mais 45% se rabattraient sur Cruz.

 

On voit quel est le secret de Cruz : entre un Trump archi-dominateur mais toujours imprévisible et peu souhaitable pour gagner l’élection présidentielle proprement dite contre Clinton et un Establishment qui rebute une large frange de l’électorat républicain, il s’est construit un espace politique de centriste et est capable de récupérer à sa gauche et à sa droite. Cela en fait peut-être le prétendant le plus sérieux à la nomination que nous ayons pu voir jusqu’ici. De plus, il a beau être issu du Tea Party, il a malgré tout été élu sénateur du Texas, le 2e état le plus peuplé du pays, et il travaille au Sénat avec des cadres du Parti républicain. Il est donc possible qu’en tout dernier recours face à Trump, l’Establishment finisse par se rabattre sur lui à contre-cœur.

 

Je vous renvoie aux chiffres du RCP average et de Huffpost Pollster pour les chiffres des sondages nationaux, qui ne sont pas les plus utiles aujourd’hui.

 

Quelques données sondagières sur l’Iowa.

 

Cruz a dépassé Trump pour la première fois début décembre, il l’a répété plusieurs fois dans le mois. Dans les agrégateurs, il est à 31% contre 27% pour Trump. Dans le dernier sondage de 2015, ils étaient à égalité à 31%. Derrière, Rubio était à 9%… Carson n’en finit pas de descendre, personne d’autre ne semble aujourd’hui en mesure de l’emporter ici. Néanmoins, il s’agit d’un caucus. Je ne vais pas entrer dans le détail, Wikipédia est là pour ça, mais c’est un peu plus qu’un simple vote, il faut assister à une réunion des électeurs républicains de son bureau de vote, et ensuite des délégués sont élus au niveau du comté, qui élisent des délégués au niveau du district, qui élisent les délégués au niveau de l’état. Il peut y avoir des surprises sur les gens qui viennent effectivement ou non participer à ces caucus. De plus, celui qui remporte le plus de suffrages au niveau des bureaux de vote n’a pas forcément le plus de délégués si un autre candidat a beaucoup de délégués intermédiaires. Bref, c’est indicatif, et ça sert surtout à mesurer l’élan des candidats, en plus du traitement médiatique qui leur sera réservé selon leurs résultats.

 

Le New Hampshire tient une primaire plus classique. Pour l’instant, Trump y règne en maître incontesté, à 26%. Vient ensuite un paquet entre 8% et 13% constitué de Rubio, Cruz, Christie, Kasich et Bush dans l’ordre décroissant. Ce qui signifie que la 2e place est à la portée de nombreux candidats, mais aussi qu’en fonction de l’Iowa une semaine plus tôt, un candidat de ce peloton pourrait récupérer suffisamment des autres pour rejoindre Trump.

 

Venons-en enfin aux paris en ligne. Comparons les chiffres de Betfair à deux mois d’intervalle, ainsi que les chiffres actuels de Political Odds Checker.

 

Betfair

Political Odds Checker

Candidat

3/11/15

5/1/16

5/1/16

Rubio

37,7

35,2

30

Cruz

10

26,6

23

Trump

19

24,2

24

Bush

10,5

11,1

9

Christie

5,3

6,5

6

Carson

10,9

0,5

1

Romney

0,4

 

 

On peut faire quelques constats. Ensuite je vous fous la paix, je sais, c’est long.

Carson a perdu toute chance. Même Romney, le candidat malheureux de 2012, et non candidat cette fois, est parié presque autant par des parieurs facétieux ou un brin farfelus.

Rubio reste le plus probable vainqueur pour les parieurs, mais il s’est un peu effrité, rien d’alarmant pour lui pour l’instant.

Cruz a rejoint voire dépassé Trump, et ce en trombe dans la deuxième quinzaine de décembre. Ça ne m’étonnerait pas qu’il double Rubio dans les dix jours qui viennent, surtout que Rubio fait une campagne assez terne.

Trump a fini par convaincre des parieurs du sérieux de ses prétentions à la victoire finale, après avoir passé plus de cinq mois en tête incontestée de la course.

Bush a presque exactement les mêmes chances qu’il y a deux mois selon les parieurs, des fidèles qui restent persuadés de son choix par l’Establishment, sans doute, mais ils pourraient bientôt avoir peur pour leur argent.

Enfin, Christie accompagne son embellie sondagière d’une embellie chez les bookmakers, et me semble le dernier candidat à entrer dans la course pour éventuellement la gagner.

 

Avec tout ça, je n’ai toujours pas parlé des Démocrates. Je ne crois pas que je ferai un article spécifique, vu le temps que m’a pris celui-ci. En gros, Clinton est à 55% nationalement, Sanders, l’auto-proclamé « socialiste » (un social-démocrate pour nous), pointe à 35%. Sanders l’emporte chez les jeunes, les hommes, les blancs. Clinton chez tout le reste. Sanders peut espérer gagner son état, le Vermont, et les états voisins du Maine, peu intéressant, et du New Hampshire, ce qui est déjà plus juteux pour enclencher une dynamique. Il n’a néanmoins aucune chance in fine.

 

Si vous avez lu jusque là, vous êtes un vrai fan ! Revenez donc en haut de page, à droite du début de l’article, et abonnez-vous à mon blog, ça me fera tout chaud au cœur lorsque j’aurai la notification, c’est bête mais c’est vrai.

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