Skip to content

Au menu du jour : petit confit de sexisme suranné sur son lit de paternalisme

7 mai 2015

Je l’ai rappelé maintes fois ici même, la femme est là pour faire joli, l’homme pour la protéger et l’entretenir. Petite illustration dans la vie quotidienne. Hier soir, j’étais avec une femme dans un restaurant plutôt haut de gamme, un restaurant où l’on vous accueille d’un « Bonjour Madame, bonjour Monsieur » (pas Mademoiselle, bien que nous ne soyons pas encore trentenaires, c’est déjà ça !) et où l’on vous prend votre manteau.

Nous nous installons, on nous apporte la carte. Le serveur s’apprête à tendre une carte à ma compagne, la regarde, se ravise, et lui tend l’autre. Il me tend la première. J’ai tout de suite compris. C’est un restaurant qui pratique la « carte sans prix » pour la femme. Paradoxalement, le même serveur demande à qui il doit laisser la carte des boissons. Allez savoir pourquoi, la logique n’est pas de mise.

Ce n’est que la deuxième fois que je rencontre une « carte sans prix ». Je n’ai rien contre le principe même. Lorsqu’on veut inviter une personne, quelle qu’elle soit, dans un restaurant haut de gamme, on peut avoir envie de décharger cette personne d’une certaine culpabilité qu’elle pourrait avoir à commander le plat qu’elle préfère si celui-ci est le plus cher. Lorsqu’on invite quelqu’un, en principe, on l’invite à un endroit où l’on sait qu’on a les moyens de l’inviter sans que ni l’un ni l’autre n’ait besoin de se restreindre, de se priver. Il m’est donc arrivé une fois, par le passé, ayant réservé dans un restaurant étoilé une table pour ma compagne et moi, de demander expressément qu’on lui apporte une « carte sans prix », car je comptais l’inviter, et je voulais qu’elle profite sans compter.

Ce qui me fait râler, c’est si ce n’est pas sollicité, et si c’est automatiquement la femme qui hérite de la « carte sans prix ». Car ça indique une vision surannée des rapports de genre, qui prolonge et maintient sous respirateur artificiel des clichés qui empêchent les femmes d’accéder au statut d’égales des hommes. Ça peut paraître excessif comme réaction ; ça ne l’est pas. Chacun de ces clichés qui ont la vie dure, et que les hommes perpétuent parce qu’ils ne veulent pas perdre leur place, et que des femmes perpétuent parce qu’elles n’ont pas conscience de leur oppression spécifique, est une petite pierre du plafond de verre que subissent les femmes. Ça ne veut rien dire, mais vous m’avez compris.

Poussons le concept de la « carte sans prix » à son paroxysme pour voir comment il fonctionne. Un homme et une femme viennent manger dans ce restaurant. Comment savoir si l’un invite l’autre ? Pourquoi ne paieraient-ils pas en commun, avec un compte joint, ou moitié-moitié ? Ou toute autre répartition proportionnelle ? Il est vrai que c’était moi qui avais réservé la table par internet. Mais ça ne veut rien dire, si ce n’est que c’était moi qui avais eu le temps de le faire au moment où nous avions choisi de manger là.

Il se trouve que ma compagne gagne sensiblement mieux sa vie que moi. Elle aurait donc tout à fait pu m’inviter. Il se trouve qu’en l’occurrence, j’avais prévu de l’inviter. Mais c’est indifférent, on aurait dû nous demander notre avis, à tous les deux ! Et si nous avions été amis, prévoyant de payer chacun sa part ? Quelle humiliation aurait subi mon amie à qui on aurait présenté une carte sans prix : « votre paire de chromosomes X vous empêchant nécessairement de financer votre propre nourriture, remettez-vous en au glorieux XY que vous avez l’insigne honneur d’accompagner. »

Et si nous avions été un couple d’hommes homosexuels, venus pour un dîner romantique en amoureux ? Qui aurait hérité alors de la « carte sans prix » ? Celui qui aurait eu le plus l’air d’une femme ? Et si nous avions été un couple de femmes ? Celle qui aurait eu le plus l’air d’un homme ? Ça ne tient pas la route. Il est probable d’ailleurs que les couples homosexuels soient du coup préservés de cette inanité. « L’attention » galante est réservée au maintien des rapports classiques de domination entre les genres, et les réactionnaires de tout poil ne sont pas (encore) parvenus à savoir comment les insérer dans des rapports qu’ils renient de toute façon.

Pour autant, nous n’avons rien dit, ma compagne et moi, même si entre nous nous avons un peu râlé. On n’a pas toujours envie de se pourrir chaque moment pour rétablir une égalité de traitement. On aimerait parfois oublier. Mais c’est impossible : la réalité nous le rappelle sans cesse. On aimerait bien qu’elle arrête de nous pourrir ces moments, et que les mentalités changent enfin. Je crois que la prochaine fois je râlerai. Je vais finir par adhérer à la Fédération française des grognons.

La bouffe et le vin étaient divins, au moins. Bon appétit !

Publicités
One Comment
  1. N’est-ce pas un tort, et un longueur (le lecteur a tiédi), que de commencer par ce cas d’une « carte sans prix » souhaitée, quand vous invitez au restaurant ? Vous pouvez m’inviter au restau, dire que vous payez et que je peux consommer cher (et ce serait gentil de vous imposer de prendre un plat cher — même si vous souhaitiez manger une omelette) et que je puisse savoir que le cadeau a un prix, et lequel. La « carte sans prix » est le panache de l’économiquement fort, presque ‘sans limites », c’est de la vantardise. C’est donc très viriliste.
    La femme qui vous inviterait à diner souhaiterait-elle une telle jouissance d’étalage dominateur ? J’en doute. Elle vous inviterait chez elle, avec un très bon vin sans marque de prix (et un repas traiteur éventuellement).
    Les bases de votre scénario me paraissent donc très virilistes.
    Et il faut abolir les « cartes sans prix » pour êtres humains financièrement dépendants. Ou alors allons dans ces restaus pour inviter un SDF ? Non, ce serait inégalitaire aussi bien, et il serait furieux aussi bien, pas seulement par la « carte sans prix », aussi par le scénario.
    Non ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :