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Tranche napolitaine

31 mars 2015

C’est les vacances, c’est les vacances en Italie, pizza, klaxon et spaghetti, antipasti, tutti quanti.

Cliché ? Oui et non.

De retour d’un séjour de quatre jours à Naples, la ville a joué et déjoué les stéréotypes qu’on lui attribue. L’aéroport est nickel, très propre, tout neuf, et personne ne vient essayer de nous porter nos bagages ou de nous imposer un taxi. Le trajet en bus se déroule dans un trafic dense, bruyant, mais à première vue ni plus ni moins que dans beaucoup d’autres villes du monde dit « civilisé ». Les bâtiments des faubourgs sont défraîchis, tagués, mais on est loin des montagnes d’ordures éventrées sur les trottoirs qu’on s’imagine trouver suite aux crises des ordures des dernières années. L’ensemble est crasseux, mais pas insalubre.

Les choses se gâtent un brin lorsque le bus pénètre le plein centre-ville, la vitrine culturelle de toute l’Italie du Sud. Il est dans un état exactement identique de délabrement et de tags que les faubourgs. Pas franchement sale, pas repoussant, mais qui aurait besoin d’une bonne douche et d’un costard neuf. Et j’insiste sur les tags. Naples est pour l’instant, et de très loin, la ville la plus constamment taguée que j’aie pu visiter dans le monde. Je suis allé à La Courneuve, je travaille à Aubervilliers. Je suis même allé à Harlem, nom de dieu ! Naples est taguée partout. Dans le centre, la périphérie, sur les murs, les rideaux de fer des boutiques, les murs du métro, même sur les noms des stations. Ce qui signifie une chose claire : tout le monde tague. Ce ne sont pas quelques bandes descendant des quartiers défavorisés qui peuvent effectuer une telle œuvre épistolaire sur les parois de la ville. En fait, Naples est intégralement un quartier défavorisé. Même si elle a probablement elle-même ses quartiers encore plus défavorisés. Naples est la laissée pour compte de l’unité italienne, avec le reste du Mezzogiorno. Nous y reviendrons.

Quand on est laissé pour compte, notre existence est vite niée par ceux qui nous dominent. Il faut donc hurler pour se faire entendre, voire juste pour exister un peu. C’est ce qui se passe sur ces murs napolitains. La misère de toute sorte, jeune ou vieille, révoltée ou résignée, hurle. Des faucilles et des marteaux (un peu plus) côtoient des svastikas (un peu moins), mais principalement des noms de gens indéchiffrables, qui tentent de se prouver qu’ils existent, malgré tout. C’est aussi ce qui se passe dans les rues à coups de klaxon. Je vais avoir du mal à me plaindre des klaxons à Paris pendant quelques jours. Le klaxon est presque ininterrompu à Naples. Ils klaxonnent pour tout, je pense même que tous les petits leviers et boutons qu’on a autour d’un volant actionnent le klaxon, car jamais un clignotant n’est utilisé. Il faut faire du bruit pour exister.

Ils ne font pas que klaxonner, dans la rue. Ils roulent aussi. Comme des malades en phase terminale qui n’en auraient plus que pour quelques heures à vivre. Et ça, aussi bien dans les boulevards extérieurs que dans les microscopiques ruelles du centre-ville. Ad augusta per angustaLa circulation est clairement digne du Tiers-Monde. C’est Casablanca, c’est le Caire. Même à Rome, les gens vous laissent traverser au bout d’un moment. Là, il faut s’élancer avec un Napolitain, et prier ce que vous pouvez prier. Quelques rares feux rouges existent, encore plus rares sont ceux qui fonctionnent. Le feu vert des piétons dure une seconde, puis il passe à l’orange. Les transports en commun ne sont que très peu développés. Ils seraient très difficiles dans le centre historique et le quartier espagnol, mais quand même. Un métro de deux lignes existe, avec deux lignes en construction. Les deux premières ont mis 25 ans à être construites et mises en service… Il passe en heure normale toutes les 10 min, il est vide, il ne dessert presque rien de l’agglomération. Donc, voiture. Et deux roues. Nombre monstrueux de deux roues, plus encore que dans d’autres villes d’Italie. Ceux-là joignent à leur phase terminale de graves troubles mentaux. On s’habitue à raser les murs dans les ruelles, car on est doublé environ toutes les cinq secondes par un deux roues à folle allure. Avec un à 4 passagers. Dont un sur vingt a un putain de casque. En 2015, pas compliqué, tout de même, de comprendre qu’un casque, surtout à vitesse assez réduite dans des petites rues, a un intérêt de sécurité ? Penses-tu ! Même au Moyen-Orient ils ont plus de casques. On dirait que ça les amuse. Credo quia absurdum. Bref.

Naples a inventé la pizza. Et comme toute bonne recette, quelqu’un s’est dit aussitôt : et si on faisait frire ça dans une marmite d’huile ? C’est notre premier repas, une pizza frite, pas une pizza avec des patates frites, mais une pizza pliée en deux et plongée à frire dans une marmite d’huile. Délicieusement dégustée avec une bière sur les marches de la Piazza del Plebiscitio. Et nous nous rendons déjà compte d’une chose : personne ne vient nous ennuyer. Personne ne nous regarde de travers. Personne ne vient nous mendier quelques roupies. Ce n’est donc pas, malgré tout, ce niveau de misère. De tout le séjour, nous croisons quelques mendiants, pas plus que dans n’importe quelle grande ville européenne, mais pas de sollicitations plus pressantes, harassantes, ce que les clichés voudraient pourtant.

Les tenanciers de l’auberge de jeunesse sont charmants, elle est facile à trouver, rien ne nous a été volé dans notre chambre. Même le petit déjeuner est plutôt correct, ce qui n’était pas le cas des établissements que j’avais pu fréquenter en visitant Rome ou Florence.

Nos pérégrinations en ville, car en bons Français nous découvrons presque tout à pieds, nous conduisent dans le quartier « espagnol », un carré de 800 m de côté avec des ruelles de 2 mètres de large, aucun dégagement nulle part, et des immeubles de 6 étages partout. Un quartier sombre, de fait, excessivement dense, très populaire. S’y ajoute le trafic automobile en quatre et deux roues, bien dynamique malgré l’exiguïté de ses voies, et avec les caractéristiques exposées ci-dessus. Bref, ce que la plupart des gens appelleraient un quartier « chaud ». Eh bien personne ne nous dévisage particulièrement, nous ne ressentons pas la moindre insécurité. Le quartier est jalonné de petits commerces de proximité de toutes sortes, grouillant d’activité. Nous nous y sentons bien, ça vit. Nous y sommes retournés à plusieurs heures, avec toujours un même sentiment de vigueur.

Aucun Starbucks n’a réussi à prendre pied à Naples. Les caffè lunghi se prennent dans les établissements locaux avec jubilation. Presque aucun autre resto rapide. Un bon point pour la préservation d’une identité culinaire. Il faut dire que les « pizze », aidées par le niveau des loyers et des salaires des pizzerias, s’achètent à partir de 3 €, jamais à plus de 7 € en tout cas. Cure de pizzas, de bières italiennes (préférence pour la Nastro Azzurro sur la Peroni, un faible pour la sud-tyrolienne Forst), de vins de Campanie. L’Italie ne déçoit jamais culinairement. Elle a ça pour elle.

Quelques trésors culturels à Naples, pas des tonnes, mais un Christ voilé en marbre époustouflant, les ruines des plusieurs niveaux de ville précédents en sous-sol avec le cardo et le decumanus se croisant sur le forum.

Puis, Pompéi. Prendre des coups de soleil en mars, il fallait le faire : Pompéi l’a fait. Visiter l’antique cité par 21 degrés, une légère brise, le 28 mars, ça fait rêver. Facilement une des ruines les plus « fascinantes » (on y apprend l’étymologie de ce mot, je vous la recommande) que j’aie pu visiter. 6 heures passées sur le site, dont une seule à manger une pizza et boire un café, pizza cuite au four sur place dans le petit troquet du site, comme il se doit.

Le site est un témoignage étonnant et passionnant, mais tout est dit là-dessus par ailleurs. Ce qui rend un peu triste, c’est l’entretien des lieux. Les moyens manquent cruellement, c’est criant. D’entières zones sont fermées à l’accès. Elles sont en chantier, mais rien ne permet de deviner que les chantiers avancent.

De fait, toute la ville de Naples est dans la même situation. Tous les bâtiments principaux sont drapés d’échafaudages, à l’extérieur comme à l’intérieur. Ce qui est à la fois rassurant et inquiétant. Les Napolitains font manifestement des efforts. Ou plutôt ils ont envie de faire des efforts. Car si autant de bâtiments sont en chantier, c’est que des chantiers qui se sont lancés n’avancent plus tandis que d’autres se lancent. Le syndrome grec, pour ceux qui ont visité la Grèce. Les chantiers ne manifestent pas une activité débordante. L’activité nécessite des liquidités. Naples n’en a pas. L’activité nécessite une volonté. Une partie de Naples l’a ; mais une autre partie, la Camorra, ne l’a pas forcément. Pas si ça ne l’arrange pas. Pas quand ça ne lui va pas. On devine ces lourdeurs en filigrane, en plus de la pauvreté évidente.

Revenons à Pompéi. Des villas entières, des rues entières, des quartiers entiers ne sont pas accessibles. Il faudrait du personnel à y positionner pour surveiller, pour nettoyer. Pire encore, les parties accessibles, malgré tout très étendues, ne sont quasiment pas protégées. De magnifiques fresques, mosaïques, statues, sont dans les circulations, tout le monde peut les toucher, donc certains le font. On passe parfois dans d’étroits couloirs recouverts de fresques des deux côtés, où il faut se coller au mur avec son sac à dos pour se croiser. Certains font attention, d’autres non. Deux millions et demi de visiteurs arpentent le site chaque année. On se dit donc qu’il faut se dépêcher de voir tout ça, car tout sera détruit dans quelques décennies à ce rythme. Même si ça représente beaucoup de travail, donc d’investissement, ces fresques et ces mosaïques devraient être protégées par des vitres, du plexiglas, quelque chose.

Une mélancolie s’empare du cœur de l’amoureux de culture qui voit la merveille qu’est cette ville, une des rares ruines à pouvoir donner de manière extrêmement prégnante et vivace une idée précise de la vie quotidienne à l’époque de sa chute, tomber à son tour lentement mais sûrement en ruine, mais cette fois en ruine irréparable.

C’est sur cette impression mitigée que nous montons dans le train du retour, un train local s’arrêtant à tous les becs de gaz, employé par plus de locaux que de touristes à cette époque. Et là, c’est le drame. Nous parcourons le couloir central à la recherche d’un carré de sièges libres, puisque nous sommes trois. Un homme se lève sur ses pieds comme un diable sorti de sa boîte, se met à hurler violemment sur un de mes amis, qui n’y comprend rien, et en quatre secondes il lui met une grande mandale. Mon autre ami s’interpose, s’en prend une à son tour, je m’interpose entre eux en disant « non mais ça va pas ? », complètement démuni face à ce déchaînement de violence gratuite, et je me prends la mienne, qui fait valser mes lunettes, qui m’écorchent le pourtour des yeux au passage. Il me semble que je m’en prends une autre, avant de me recroqueviller en boule sur un siège, me protégeant la tête et attendant le pire ou l’accalmie.

Pourquoi ? Aucune putain de raison. Aucune PUTAIN de raison. La raison n’y est plus. La raison est le désarmement unilatéral de la violence. Accepter de se comporter comme un être intelligent doué de raison, c’est faire un saut de la foi dans la soumission à l’animal. La raison n’a de raison d’être que si elle est mutuelle. Or elle l’est si rarement… Pompéi me rend pompeux, reprenons.

Malgré tout, devant une telle agression, car c’en est une, on est obligé de chercher une raison, la plus ténue soit-elle. Une fois enfui dans le wagon suivant, mes lunettes toutes tordues récupérées, je me prostre dans un silence profond et je cogite. L’agresseur avait une compagne, à ses côtés, qui était manifestement habituée à ses frasques car elle s’est levée et a essayé de le calmer tout en souriant d’un air bête, l’air de dire, comme on dirait d’un chien qui vous arrache un doigt : « oh vous savez il n’est pas méchant, il veut jouer. » Elle a même réussi à lui dire de me rendre mes lunettes, qu’il m’a jetées méprisamment à la figure. Et là tout s’éclaire. L’homme a cru que nous regardions sa femme, sa chose, sa propriété, et s’est senti obligé de faire une démonstration surcompensatrice de sa virilité. Bon, il devait aussi avoir un grain, mais je ne crois pas qu’il était saoul ou drogué, il était sain d’esprit, pas enfermé dans un asile.

S’en est suivi un débat entre les voyageurs du train et les contrôleurs, des voyageurs engueulant les contrôleurs pour n’avoir pas réagi ou presque, alors qu’un voyageur avait fini par éloigner le chien. L’idée que ce chien va probablement copuler avec sa chienne le soir même, et que ça ne la dérange pas, me révulse et me fait désespérer de la nature humaine : elle l’a pourtant vu, dans toute l’horreur nue de son extrême bestialité. Elle en est peut-être même fière. Misère…

Les dommages matériels sont légers. Quelques égratignures, une paire de faces de lunettes de soleil perdues. Dans l’instant, mon être rationnel et surtout ma personne juridique s’était dit : « je vais porter plainte, le faire chier, obtenir réparation. » Puis aussitôt je m’étais aperçu que j’étais à Naples. J’ai estimé qu’aller passer le reste de la journée dans un commissariat napolitain n’était pas le meilleur moyen d’obtenir réparation, et que ça pouvait même empirer les choses. On n’est conscient du confort de l’état de droit que lorsqu’on en est privé. Aucune réclamation donc. N’en parlons plus. Mais la trace la plus profonde, qui reste, est la trace morale. Je n’avais pas été frappé depuis des bagarres dans la cour du collège. Cet homme, adulte, ayant mon âge, ne vaut guère plus qu’un collégien. Et pourtant il m’a soumis, je n’ai rien su faire, j’étais à sa merci, il pouvait me tabasser et me laisser pour mort avant que qui que ce soit l’arrête. C’est déroutant, déprimant, effrayant.

Et après la déroute, la déprime, et l’effroi, la dernière partie du trajet laisse sa place à la tristesse : ça s’est passé à Naples. Est-ce que ça aurait pu se passer ailleurs ? À Brême ? À Madrid ? À Londres ? En pleine après-midi ? Sans ébriété, ni d’un côté ni de l’autre ? Sans aucune PUTAIN de raison ? Pas sûr. Peut-être, mais je crains que la probabilité en était plus forte à Naples, et ça me navre. La ville avait réussi son coup jusqu’ici, jusqu’à ces coups-ci. Couci-couça. Et puis sa population a fait basculer le séjour, pas toute sa population puisque des voyageurs se sont énervés et nous ont offert des marques de sympathie, mais il a suffi d’un énergumène. D’un Napolitain.

Car le séjour a basculé. On ne peut plus être complètement enthousiaste après ça. On va bien sûr manger une glace, puis une pizza, mais on rentre boire une bière à l’auberge plutôt que dans un bar en ville. On devient taciturne. Le tableau est un peu rattrapé, lundi matin, par l’opticienne qui tient la première boutique que nous croisons, qui me répare ma branche de lunettes en m’expliquant en italien que c’est fragile mais que ça devrait tenir, et me dit que c’est gratuit, c’est bien normal. Ce qui me permet de visiter le musée archéologique en y voyant quelque chose, notamment les magnifiques fresques et mosaïques, originales de celles trouvées à Pompéi.

Une dernière pizza, la meilleure du monde bien entendu, clôt notre séjour. Nous prenons le taxi pour l’aéroport, il nous escroque probablement d’un supplément de 2 ou 3 € que lui-même ne sait pas bien expliquer en italien. Mais à ce stade nous ne voulons plus lutter.

Le ressenti est donc mitigé. Comment une ville qui a rayonné sur toute la Méditerranée, qui a été une des grandes capitales européennes jusqu’au 19e siècle, capitale du puissant royaume des Deux-Siciles, peut avoir été déchue à ce point depuis l’unification ? La faute à l’unification ? À la Mafia ? À l’Église catholique, plus puissante au Sud ? Je ne suis pas historien, je n’ai pas les réponses, mais j’ai beaucoup de questions.

En tout cas c’est navrant, désolant. J’aurais aimé revenir de là-bas avec un regard positif, déjouant les clichés, et encourageant mes proches à y aller voir, à sentir la vigueur et la vie. J’aurais même pu à peu près le faire, avec réserves, si je ne m’étais pas fait agresser et frapper. À cause de cet individu, qui est un produit de son cru, et à cause de son agression, qui est un produit du climat d’impunité et de zone de non droit qui règne dans les parages, je ne peux que recommander chaudement à qui que ce soit de sain d’esprit de ne pas foutre les pieds au sud de Rome avant que la zone se soit modernisée et civilisée, hélas.

Ça m’a rendu profondément triste pour ces gens, pour cette Histoire, pour cette culture, pour ce beau pays, et alors que j’écris ces lignes dans l’avion du retour, le stress post-traumatique, ou je ne sais quoi d’autre, m’arrache enfin une larme. Le hasard fait qu’elle coule du côté où je suis écorché, tout un symbole.

Tant pis pour le Sud,

C’était pourtant bien.

On aurait pu vivre

Plus d’un million d’années,

Et toujours en été.

Prochaine destination : l’Allemagne, e vaffanculo !

Post scriptum : je rentre de l’aéroport épuisé. Et je trouve mon appartement sans électricité. ERDF me dit qu’EDF l’a coupée parce qu’ils n’avaient pas confirmation de mon contrat. J’ai tous les courriels de confirmation possibles d’il y a quatre mois, ils m’ont fourni de l’électricité pendant quatre mois, ils ont mon Rib, et me prélèvent de l’argent pour un autre contrat. Et il fallait qu’ils coupent l’électricité là, maintenant, ce weekend. La finalisation de cet article est donc écrite littéralement à la bougie avec ce qui reste d’énergie dans la batterie de mon ordinateur portable et de mon petit cœur tout mou. Puis je vais me coucher à 21h30 pour un pesant sommeil

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From → Personnel, Vrac

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