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Pronostic final sur les élections grecques du 25 janvier 2015

23 janvier 2015

Il est temps de rassembler les derniers éléments et de faire un pronostic final sur les élections législatives grecques. Beaucoup de sondages ont été publiés à l’occasion de ce scrutin. Les sondeurs grecs, en outre, ne publient pas ou rarement leurs fiches techniques avec méthodologie et détails, donc il faut bien sûr prendre les sondages avec une prudence raisonnable. Toutefois, un collègue pséphologue avait montré en 2012 qu’en rassemblant systématiquement les sondages de différents sondeurs pour une même élection, on pouvait obtenir des moyennes qui corrigeaient en partie les défauts de chaque sondage ou de chaque sondeur pris isolément. Il opérait par ailleurs, comme je l’ai fait l’année dernière pour les élections européennes, une pondération de chaque sondage en fonction de critères tenant à la taille de l’échantillon, et de divers autres caractéristiques du sondage et du sondeur.

Rien de tel cette fois, car même si je lis l’alphabet grec, je ne parle pas la langue, et c’eût été hautement laborieux que de fouiller systématiquement chaque sondage pour en tirer des tendances, d’autant plus que je ne connais pas le contexte sondagier grec. Je me suis donc contenté de faire à plusieurs reprises des moyennes des dix derniers sondages publiés par dix sondeurs différents, sachant que près d’une vingtaine a publié au moins un sondage au cours du mois de janvier. J’ai donc rassemblé, pour cette dernière semaine, la dernière livraison de dix sondeurs qui m’ont semblé être les plus normaux, en espérant qu’ils soient les plus fiables.

Ce travail donne les résultats suivants :

Syriza : 36,09 % -> 148 sièges

ND : 29,4 % -> 80 sièges

To Potami : 6,69 % -> 18 sièges

Aube dorée : 6,25 % -> 17 sièges

KKE : 5,23 % -> 14 sièges

Pasok : 5,05 % -> 13 sièges

Anel : 3,61 % -> 10 sièges

Kidiso : 2,52 %

Autres : 5,16 %

Comme je l’ai déjà dit, le seuil est à 3 %, d’où l’absence de sièges pour le Kidiso, le mouvement des démocrates socialistes, hilarante tentative du fossoyeur Papandreou pour récupérer des votes du Pasok en incarnant un prétendu renouveau.

Attention toutefois, ceci n’est que la moyenne des sondages, pas mon pronostic final. Pour élaborer mon pronostic final, je dois me poser plusieurs questions.

Les deux principales questions sont les suivantes.

Premièrement, doit-on s’attendre à ce que, comme cela se passe en règle générale dans quasiment tout scrutin, les indécis finissent par voter pour le statu-quo et le conservatisme, plutôt que pour le changement. Un exemple flagrant de ce principe, qui est très généralisé même s’il tolère quelques exceptions, a pu être rencontré lors du référendum sur l’indépendance de l’Écosse.

Si un tel effet devait se manifester, nous pourrions encore voir Nouvelle démocratie coiffer Syriza sur le fil, s’adjuger la prime majoritaire de 50 sièges, et sauver les néo-libéraux et éditocrates de toute l’Europe qui pourraient dormir dimanche soir sur leurs deux oreilles boursouflées de suffisance.

Cet effet, au demeurant, s’est produit en juin 2012 lors de la dernière élection grecque. Mais il y a eu deux changements depuis. En juin 2012, les sondages avaient cessé 15 jours avant l’élection, comme l’exigeait la loi grecque d’alors, et les derniers sondages montraient encore Syriza en tête. Mais s’ils avaient continué, ils auraient sans doute montré le retour de ND et personne n’aurait été surpris de leur victoire. Autre changement, ND a exercé durant deux ans et demi un pouvoir réactionnaire, au service du capital et mettant quasi littéralement des dizaines de milliers de Grecs sur la paille. Le statu-quo n’est donc plus ce qu’il était, même pour les gens peu aventureux et un peu froussards.

Ainsi, Syriza n’a non seulement pas lâché dans les sondages le moindre point d’avance depuis le lancement du processus électoral fin décembre dernier, mais a même plutôt raffermi cette avance. J’ai fait une première moyenne de sondages le 8 janvier, elle était de 3,4 points. Le 18 janvier, elle était à 3,9 points. Aujourd’hui, elle s’établit à plus de 6 points, et même si l’on exclut deux sondages particulièrement favorables à Syriza, qui pourraient être des artéfacts (« outliers » en anglais), elle reste autour de 5 points. Je ne parierais donc pas sur une remontée fantastique suffisante de ND, même si je pense que l’écart sera moins grand que ce que les sondages montrent.

Deuxième grande question : le vote fascisant. On le voit trop régulièrement, le vote fascisant monte un peu partout en Europe (à l’exception notable de la Finlande, ces derniers mois). Mais en plus de monter, il est presque systématiquement sous-évalué dans les sondages, ce qui prouve qu’il n’est pas encore si « dédiabolisé » que ça. En juin 2012, ainsi, Aube dorée, le vote fascisant grec, un de ceux pouvant le plus prétendre au qualificatif de fasciste en Europe, tournait dans les derniers sondages entre 4 et 5 %. Certes, c’était deux semaines avant le scrutin, mais c’était assez stable. L’organisation criminelle a finalement obtenu 7 %.

Cette année, la plupart des principaux dirigeants d’Aube dorée sont en prison, ce qui ne facilite pas la tenue de meetings, qui doivent se tenir aux heures d’ouverture du parloir pour que leurs déclarations puissent être retransmises en direct à leurs partisans. C’est authentique. Ils ont donc été moins audibles, et n’ont pas vraiment réussi à se victimiser. Ils ont donc passé une bonne partie de la campagne autour de 6 % dans les sondages, alors qu’ils étaient montés à 14 % dans certains sondages en 2013, et qu’ils obtenaient encore 9,4 % aux élections européennes de juin 2014.

Néanmoins, il y a fort à craindre que, comme d’habitude, hélas, leur score soit sous-évalué dans les sondages. Le vote fascisant est d’une telle facilité pour les faibles d’esprit, qu’il est toujours pour eux une solution de repli de dernière minute pour faire entendre leur voix, que rien d’autre ne leur permet de faire entendre. J’escompte donc malheureusement qu’ils rééditent le fait d’obtenir environ 2,5 points de plus que ce que leur accordent les sondages, soit environ 8,5 %.

Une troisième et dernière question mérite de se poser, c’est la quantité de votes « autres ». La moyenne des sondages l’établit autour de 5 %, mais on sait que les sondages sont très démunis pour rendre compte des votes « autres » dans tous les cas. Soit ils les sous-estiment très largement en poussant les sondés au téléphone ou par internet à formuler à tout prix un choix parmi les choix proposés, soit ils les surestiment aussi largement en ne les poussant pas assez.

En juin 2012, néanmoins, les formations non sondées, qui ont obtenu 1,91 % des voix, obtenaient entre 1,5 et 3 % dans les sondages, résultat donc plutôt honorable pour les sondeurs dans leur ensemble. Cependant, il faut se souvenir que l’élection de juin 2012 faisait immédiatement suite à celle de mai 2012. Celle de juin 2012 était aussi polarisée et verrouillée que celle de mai était ouverte et échevelée. Lors de celle de mai 2012, les sondages donnaient environ 6 % aux formations non sondées, qui en obtinrent 10,6 !

L’élection de 2015 me semble plus proche de l’esprit de celle de juin 2012 que de mai. Le choix est net entre Syriza et ND, même les déçus de l’un ou de l’autre savent que ce qui compte c’est être devant, et une certaine bipolarisation s’est installée, laissant peu de place aux tiers. Je partirai donc du principe que les « autres » obtiendront peu ou prou ce que leur promettent les sondages, soit 5 %.

Concernant les autres formations, voici quelques éléments issus de mes observations.

Anel a grimpé depuis le 8 janvier de 2,8 % à 3,6 %, aussi je pense qu’ils vont réussir à sauver leur présence au Parlement, sauf si au dernier moment suffisamment de leurs partisans votent ND, effrayés par l’arrivée d’un gouvernement de gauche. Mais les électeurs d’Anel ne sont pas forcément les plus susceptibles aujourd’hui de se reporter sur ND, même s’ils sont tous deux issus de la famille de la droite conservatrice. Anel a développé dernièrement une rhétorique quasi-complotiste contre la Troïka et l’ensemble de ses représentants. On fixera donc le score d’Anel à 3,5 %.

Kidiso, au contraire, est passé dans la même période de 2,9 %, très proche du seuil, à 2,5 %. Dans les dix derniers sondages que j’ai pris en compte, deux seulement lui accordent le seuil, l’un pile, l’autre à 3,3%. Je vais donc faire confiance à ma moyenne et laisser leur score à 2,5 %.

Le KKE a connu un sort semblable, s’effritant légèrement de 5,7 à 5,2 %, mais parti de plus haut. Le KKE a néanmoins un socle de granit qui lui permet de ne jamais tomber en dessous de 4,5 % quoi qu’il arrive. Les électeurs du KKE qui restent ne sont pas susceptibles de voter à la place pour qui que ce soit d’autre, donc on ne comptera pas sur une déperdition « utile » pour Syriza en dernière minute, l’inverse pouvant même se produire chez quelques grognons pensant la victoire de Syriza assurée. On laissera leur score à 5,5 %.

Le Pasok est une vaste blague. Après tout ce qui s’est passé, on pourrait se demander qui vote encore pour eux. Des vieux traditionalistes, certes, mais il faut se souvenir que le Pasok a pendant 40 ans développé un réseau clientéliste très poussé dans tout le pays, et que dans certains endroits il conserve des baronies dont des gens vivent littéralement. L’électorat du Pasok est donc réduit à ce socle, socle malgré tout moins granitique que celui du KKE, car reposant plutôt sur de l’oseille… Courant janvier, le score sondagier du Pasok n’a presque pas souffert de l’apparition du Kidiso et de la perte concomitante de Papandreou, et est resté autour de 5 %. Je vais pour une fois faire un pronostic légèrement personnel et souhaiter qu’ils fassent 4,5 %, en dessous du KKE, ce qui serait quand même désopilant.

To Potami est plutôt une énigme. Ce qu’on appelle, sur le forum anglophone dédié aux élections que je fréquente, un « moderate hero ». Le type de parti qui s’enorgueillit d’avoir la solution la plus modérée, sérieuse, raisonnable et responsable à tous les problèmes. Un peu comme le Modem à sa fondation. Et un peu comme le Modem, je pense que c’est un parti qui passe mieux dans les sondages que dans les urnes. Il a gardé la troisième place dans les sondages toute la campagne, parfois chatouillé par Aube dorée voire par le Pasok ou le KKE, mais il n’a jamais su concrétiser ses sondages à 10 ou 11 % d’avant les européennes, où il n’avait obtenu que 6,6 %. Courant janvier, il est resté stable autour de 6,5-7 %. Je pense que c’est une bulle qui ne demande qu’à se dégonfler. Je ne lui accorde donc guère que 5,5 %.

Il reste 65,5 % des votes à distribuer aux deux grands, ND et Syriza, ce qui prouve la bipolarisation que j’évoquais plus haut.

Je suis obligé d’avouer que je sors à ce stade mon pifomètre étalonné sur mon doigt mouillé, en pariant sur un petit contingent de « néolibéro-compatibles » effrayés se levant péniblement de leur canapé le jour venu, mais pas assez pour rejoindre le vent d’espoir soufflé par Syriza sur le reste de l’Europe. Je donne à Syriza 35 %, à ND 30,5 %.

Voici donc mon pronostic final, sous réserve qu’un ou deux sondages tombent encore ce soir ou demain, mais normalement la date butoir était aujourd’hui vendredi :

Syriza : 35 % -> 145 sièges

ND : 30,5 % -> 82 sièges

Aube dorée : 8,5 % -> 23 sièges

To Potami : 5,5 % -> 15 sièges

KKE : 5 % -> 14 sièges

Pasok : 4,5 % -> 12 sièges

Anel : 3,5 % -> 9 sièges

Kidiso : 2,5 % -> 0 siège

Autres : 5 %

Avec un tel résultat, Syriza n’a pas la majorité absolue. Même si Anel loupe la qualification à 2,99 %, toutes choses égales par ailleurs, Syriza ne monte qu’à 148 sièges, trois de moins qu’une majorité absolue. Il faudra donc composer. Quelles sont alors les solutions qui s’offrent à eux ?

Il n’y en a pas des milliers. C’est Potami, Pasok, ou les deux. Le Pasok a laissé entendre que peut-être, tout ça, si jamais, hein, pourquoi pas. Mais qu’il demanderait en substance à Syriza d’abandonner son programme vis-à-vis de la dette et du mémorandum. Tout de même. En plus, pour Syriza, pour son image et pour sa base, se traîner le poids mort du Pasok avec son histoire, ses cadres et ses pratiques, voilà qui serait profondément encombrant.

Potami est plus récent, plus vierge politiquement, donc moins dangereux. Potami veut montrer qu’il est sérieux, son nom, « le Fleuve », signifiant même qu’il coule paisiblement mais inexorablement. Potami se rendra disponible, c’est une quasi-certitude. Cependant, en exigeant quoi ? Ils sauront qu’ils sont la seule chance de Syriza de gouverner, et ils essaieront d’en tirer le maximum. Ils sont anti-austérité tout en étant austères, anti-libéralisme tout en étant libéraux. Un peu illisibles. Nous verrons bien. Cela étant dit, ils savent aussi que si la formation d’un gouvernement échoue, et qu’une nouvelle fois on revote un mois plus tard, leur score est automatiquement divisé par deux ou trois. Eux non plus n’auront donc pas le droit de laisser passer leur chance de co-gouverner un pays.

À dimanche soir.

Ελευθερία ή θάνατος

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