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Syriza pouvait gagner, ça nous ferait du bien !

30 décembre 2014

C’est parti. La Grèce va revoter le 25 janvier 2015. Le parlement grec, la Boulè, n’a pas réussi à élire un président de la République, le candidat consensuel proposé par le principal parti de droite, Nouvelle démocratie (ND), ayant obtenu seulement 168 voix au 3e tour où il lui en aurait fallu 180 sur 300. Il faut dire aussi que ce consensuel candidat était un des vice-présidents de… Nouvelle démocratie.

De là est partie la théorie, véhiculée ces jours-ci dans les médias grecs, que ND et les austéritaires européens de tout poil qui en tirent les ficelles ont décidé de tenter la « parenthèse de gauche ». Leur gouvernement est désormais composé uniquement de ND et de l’infâme Pasok, parti socialiste tellement corrompu, discrédité et fatigué qu’il est tombé autour de 5% dans les sondages. Les austéritaires savent que ce gouvernement est très impopulaire, et avec raison car il applique les saignées de la Troïka sans aucune velléité de critique, de retenue ou de résistance.

Du coup, Syriza étant assez nettement en tête dans les sondages, ils se sont dit qu’ils allaient les laisser gouverner pour une « parenthèse de gauche ». La parenthèse étant bien entendu amenée à vite se refermer, puisque les gauchistes n’y connaissent rien au gouvernement, n’est-ce pas mon cher, vous reprendrez bien un cigare. Le pari est donc que Syriza va être obligé soit de mettre en œuvre la même austérité, de dégringoler dans les sondages et de perdre à la prochaine élection, soit de ne rien pouvoir faire pour le peuple, de dégringoler dans les sondages et de perdre à la prochaine élection.

Ce pari est osé. D’une part, il montre que les parangons de l’austérité n’ont vraiment plus de ressources, qu’ils n’arrivent même plus à s’accrocher au pouvoir qu’ils détiennent pourtant quasiment depuis toujours. Que ce soit par le biais de Syriza, mais aussi du KKE, le dernier parti communiste vraiment stalinien d’Europe, et d’Aube dorée, l’organisation criminelle néonazie dont 7 députés ont bénéficié d’une sortie exceptionnelle de prison pour aller voter pour l’élection du président, le peuple exprime son immense ras-le-bol et sa méfiance absolue envers les tenants des marchés et de la finance.

D’autre part, l’échec de Syriza est loin d’être écrit d’avance. Syriza n’est pas tout à fait la même chose qu’un Zapatero ou un Hollande qui, arrivés au pouvoir en surfant sur un ras-le-bol, ont tout jeté aux orties en appliquant rigoureusement la rigueur, la même rigueur que ceux d’avant, censés être ceux d’en face. Syriza est une coalition de gauche radicale qui s’est constituée en organisation politique cohérente alors qu’elle regroupait au départ des petits groupes politiques issus de diverses traditions militantes. Ça vous parle ? Il est possible que non, le Front de gauche n’ayant pas réussi à en faire de même en France, et cette perspective s’éloignant même de jour en jour, mais il est possible que oui, Ensemble étant en train de franchir le pas au sein du Front de gauche, à une échelle plus modeste.

La droite représentée par ND et le Pasok en Grèce, et arc-boutée sur Merkel et Juncker en Europe, est donc persuadée que Syriza va s’effondrer. Il est vrai que ce type de droite a toujours trouvé moyen de faire en sorte que des gouvernements socialistes légitimes s’effondrent, que ce soit en 1939 en Espagne ou en 1973 au Chili. De nos jours, ils n’ont même plus besoin d’envoyer leurs chars et leurs avions, ils envoient leurs obligations et leurs objectifs de réduction des dépenses. C’est la guerre propre. Juncker, fâché tout rouge, a d’ailleurs déjà prévenu les Grecs qu’ils couraient à des « problèmes majeurs » s’ils votaient dans le « mauvais » sens. Il ne voudrait pas que des « forces extrémistes prennent le volant. »

Oui, vraiment. Il a vraiment dit ça. On pourrait escompter qu’il ne soit pas aussi stupide, mais il l’est. Et les autres vont lui embrayer le pas dans le court mois qui reste avant l’élection. L’offensive de la peur et de l’intimidation va commencer. Elle va fonctionner sur un certain nombre de gens. Il y a toujours des gens avec qui ça marche de dire « vous gagnez 100 aujourd’hui, et en votant pour nous vous gagnerez 80 demain, mais si vous votez pour le méchant vous allez tous MOURIR !!! »

Mais ça ne marche pas toujours, et en Grèce la ficelle est devenue aussi grosse qu’un cordage de voilier. ND va sûrement remonter un peu dans les sondages, Syriza baisser un peu, mais il semblerait qu’on se dirige vers une pole position pour la gauche radicale. Ce qui a une grande importance, du fait du mode de scrutin.

La Grèce utilise la représentation proportionnelle à la plus forte moyenne selon la méthode de D’Hondt dans des circonscriptions variables en population et allant de 1 à 42 sièges. Il y a en plus 12 élus sur des listes nationales. Le seuil pour accéder à la distribution des sièges à la proportionnelle est de 3% au niveau national, mais il est de facto bien plus élevé dans des circonscriptions ayant peu de sièges à pourvoir. Le fait d’arriver en tête dans ces circonscriptions est donc déjà important. De plus, la liste arrivée en tête au niveau national, même si elle n’a qu’une fraction de point d’avance, obtient d’emblée 50 sièges sur les 300 que compte la Boulè, la représentation proportionnelle ne portant donc que sur les 250 restants, répartis y compris avec le premier.

Cette prime majoritaire est là pour éviter l’instabilité souvent causée par les systèmes de proportionnelle intégrale, et elle rend donc cruciale la question de savoir si Syriza arrivera en tête le 25 janvier. Aujourd’hui, les sondages donnent en moyenne les tendances suivantes, avec naturellement toutes les pincettes qu’il faut y mettre :

Syriza 33% (140-145 sièges)

ND 28% (75-80 sièges)

To Potami 7% (20-25)

KKE, Aube dorée, Pasok 6% (15-20 chacun)

Anel 4% (8-12)

To Potami (le Fleuve) est un mouvement récemment né, peuplé d’intellectuels à la fois tenants d’un grand sérieux mais plutôt contre l’austérité. On pourrait le qualifier de centre-gauche.

Anel est une scission de ND, partie en 2012 car ils étaient contre l’austérité imposée par l’UE, mais malgré tout de droite.

On voit que Syriza, pour le moment, n’aurait pas seul la majorité absolue des 151 sièges. Or les alliances sont impossibles avec quasiment tout le monde, pour diverses raisons. Le parti communiste KKE les considère comme des déviationnistes bourgeois à la solde du capitalisme européen. Finalement, seul To Potami pourrait tenter l’aventure.

Il est aussi possible que l’effet « vote utile », dont on nous a en France tant rebattu les oreilles au profit du Parti socialiste, bénéficie cette fois à la gauche radicale. En effet, un point de moins piqué au Pasok, au Fleuve ou même à Anel (les Grecs sont parfois un peu paumés), et Syriza franchit le seuil critique. De même si Anel, un peu en perte de vitesse, descend en dessous des 3% et n’est plus représenté, les 250 sièges sont répartis entre ceux qui restent, dont Syriza.

Bien sûr, comme on l’a dit, obtenir la majorité aux élections ne serait que le premier pas pour Syriza, devant qui un chemin semé d’embûches s’ouvrirait alors, embûches que ne se priveront pas de multiplier les Merkel, Hollande et compagnie. Mais l’élan suscité par une telle victoire pourrait bien essaimer, en Grèce et au-delà, et rendre la tâche plus aisée pour ceux qui luttent et résistent.

On ne peut donc que souhaiter très fort à Syriza, comme résolution de nouvelle année, d’ouvrir cette « parenthèse de gauche » avec fracas, et de foutre les austéritaires à la porte sans les laisser la refermer ! Camarades, Alexis, on est avec vous !

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