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Leur démocratie et la nôtre

28 novembre 2013

Lundi 25 novembre 2013, j’ai fait partie d’une pelletée de 35 exclus de la Gauche unitaire.

Comment osez-vous ?

J’étais là au meeting du 8 mars 2009. J’étais le 14 mars 2009 dans la salle où a été fondée Gauche unitaire, avec une trentaine d’autres camarades fraîchement éconduits du NPA nouveau-né. J’étais là dès le tout premier jour. Si nous avions fondé ce jour-là une société, on dirait aujourd’hui que j’en détiens une part du capital. J’estime en détenir une part du capital militant.

J’ai fondé la Gauche unitaire en Lorraine avec un autre militant qui appuie notre exclusion aujourd’hui. Nous n’étions que deux dans toute la circonscription Grand-Est des européennes de 2009, et nous avons porté notre organisation dans cette campagne. J’ai ensuite été seul représentant de Gauche unitaire en Moselle, où j’ai sans relâche fait le trait d’union entre les autres composantes du Front de gauche dans ce département et à Metz. J’ai enfin été le seul représentant de Gauche unitaire dans le 5e arrondissement de Paris où, à nouveau, j’ai tenté de faire prendre la mayonnaise dans un contexte difficile.

Comment osez-vous ?

Tout le monde doit savoir ce que vous avez fait. Il faut revenir un peu en arrière pour en expliquer le contexte.

 

Comment en êtes-vous arrivés là ?

 

Fin 2012 et début 2013, cinq organisations du Front de gauche décident d’échanger en vue d’un rapprochement éventuel. Ce sont la Fédération pour une alternative sociale et écologique (Fase), les Alternatifs, la Gauche anticapitaliste, Convergences et alternative, et la Gauche unitaire.

Elles créent un bulletin commun, Trait d’union, pour rassembler leurs idées et orientations.

Début avril 2013, le 2e congrès de Gauche unitaire adopte une résolution qui s’inscrit sans équivoque dans ce processus, « avec la volonté d’aboutir », et lance un chantier de vérifications avec les autres forces en vue du rapprochement. Des divergences de vue sous-tendent déjà les débats, mais la préférence est donnée au consensus et à l’unanimité, et ainsi les instances de direction, conseil national et bureau national, sont renouvelées sans représenter des plates-formes contradictoires. Un certain nombre de nouveaux militants, notamment jeunes, font leur entrée dans ces instances. On sait aujourd’hui à quoi préparait ce renouvellement.

C’est alors que la pré-campagne pour les élections municipales de 2014 s’invite dans le paysage. Il existe des craintes que des pans du PCF veuillent s’associer au PS dès le premier tour pour reconduire ses élus, donc des craintes d’affaiblissement du Front de gauche. C’est ce qui explique que le processus de regroupement Trait d’union, dédié au renforcement du Front de gauche en luttant contre son émiettement, accélère son rythme en prévoyant une réunion nationale d’étape à la mi-juin. Ce qui n’empêche pas les vérifications stratégiques entre GU et les autres composantes de se poursuivre.

Au sein de la Gauche unitaire aussi, le débat sur les élections municipales s’invite. Deux orientations se font jour : l’une priorisant le Front de gauche tel qu’il existe avant d’élargir, l’autre souhaitant rassembler largement la gauche opposée à l’austérité, y compris des secteurs du PS et d’EELV qui seraient en rupture avec leurs directions.

La première est minoritaire au sein du nouveau conseil national, avec un tiers de ses membres. La seconde récolte les deux tiers restants. Néanmoins, la tenue d’une conférence nationale sur le sujet est décidée. Une conférence nationale suppose des assemblées générales préparatoires, avec votes sur les positions en présence, élection de délégués au prorata, et envoi de ces délégués à la conférence nationale où ils voteront à leur tour l’orientation retenue. Le vote de la conférence nationale est indicatif, mais il indique aux instances l’orientation que les membres de l’organisation souhaitent qu’elles mettent en œuvre.

Cette conférence nationale est prévue pour le 8 et le 9 juin 2013. Surprise, les votes organisés dans les AG locales indiquent une forte majorité pour la première position, qui fut minoritaire au CN.

Lors de la conférence nationale, deux tiers de délégués défendent donc la position « Front de gauche », un tiers la position « cœur de la gauche » (appelons-les ainsi). Alors qu’on se dirige vers un vote largement majoritaire pour la position « Front de gauche », le matin du 2e jour, les délégués de la motion « cœur de la gauche » proposent une motion de consensus molle censée préserver à nouveau l’unanimité dans Gauche unitaire. Néanmoins, la teneur des débats de la veille n’incite pas les délégués de la position « Front de gauche » à accepter un tel compromis, et cette dernière est votée à deux tiers.

Nous sommes donc en présence d’un fait nouveau : la direction de Gauche unitaire, fraîchement renouvelée, est aussitôt sévèrement mise en minorité sur son orientation aux élections municipales.

Mi-juin, se déroule la réunion nationale du processus de regroupement Trait d’union. Elle décide de la tenue d’assises de lancement du mouvement les 23-24 novembre 2013. Le rythme est donc clairement accéléré, pour les raisons exposées ci-dessus. Or c’est aussi à cette réunion qu’apparaît la césure nouvelle dans Gauche unitaire : des camarades des deux positions participent à la réunion Trait d’union, les uns acteurs (position FG), les autres observateurs (position « cœur de la gauche »).

Peu à peu, ces deux clivages, sur les municipales et sur le regroupement, se superposent presque exactement, du moins au sein du CN. Au CN du 30 juin, une motion unanime contient l’engagement suivant : « en septembre, le Conseil national proposera le cadre de débat permettant la consultation des militants à l’automne et les modalités d’organisation de cette consultation. »

Une « consultation des militants », dans une organisation politique démocratique, qu’on le veuille ou non, c’est un vote. Ce n’est pas une consultation médicale ou un recueil d’avis à la cantonade.

C’est là que le bât blesse. Au CN de fin septembre 2013, alors que les assises du regroupement approchent, et les négociations des listes municipales aussi, quelle n’est pas la stupeur de tous lorsque la majorité du CN, celle qui a défendu la position « cœur de la gauche », mais que nous appellerons désormais « anti-regroupement », propose et vote le principe d’une « conférence de séparation » les 7 et 8 décembre 2013, lors de laquelle les militants de Gauche unitaire qui s’inscriront dans le processus du regroupement après son lancement seront remerciés.

Une telle pratique est inédite. On a cherché. Ça n’est pas dans les statuts. Ça n’est nulle part. Sans respecter le moins du monde son engagement d’avant l’été, le CN décide que la rupture est consommée, et qu’il n’y a plus de débat possible, ni donc de vote, car leur position est celle qui s’impose à GU, la nôtre étant irréversiblement incompatible et nous conduisant donc vers l’extérieur..

Un appel à retirer cette conférence de séparation de malheur et à organiser un véritable débat et une véritable consultation des militants sur le regroupement, et donc un vote, circule dans l’organisation. 120 militants environ le signent. Aux derniers chiffres disponibles, ceux de la conférence nationale de juin, 338 militants composaient Gauche unitaire. Ce sont donc là plus d’un tiers des militants qui signent cet appel, sans doute pas les seuls à le souhaiter d’ailleurs. Ce ne sont pas quelques francs-tireurs gauchistes.

Au CN des 9-10 novembre 2013, la majorité du CN persiste et signe. La minorité du CN, « pro-regroupement », souhaite alors demander un congrès national pour renouveler ces instances qui ne respectent pas leurs engagements ni les statuts. Les statuts exigent que deux tiers des membres en fassent la demande. L’effectif précis et la liste des militants sont donc demandés. Alain Faradji, seule personne à disposer de cette liste, refuse et dit qu’avec 200 signatures ils y penseront. On peut donc estimer le nombre de membres autour de 300, une déperdition ayant pu se faire sentir au vu des méthodes utilisées.

35 militants signent une contribution aux assises du regroupement, exprimant le souhait public que Gauche unitaire y participe. Ce ne sont pas les seuls militants à le souhaiter, et à s’inscrire pleinement dans le processus du regroupement. D’ailleurs, en parallèle, un appel au congrès est lancé, à ce jour signé par 150 membres de Gauche unitaire. On arrive donc à la moitié supposée, sans pouvoir en être sûr. Peut-être est-elle déjà dépassée.

Enfin, dernier développement : les 23-24 novembre 2013, les assises du regroupement lancent « Ensemble », nouveau mouvement membre du Front de gauche. Les débats entre les composantes fondatrices se sont corsés dans les dernières semaines, et ont fait que l’intégration a été de plus en plus repoussée, et qu’aucune des composantes n’a souhaité se dissoudre sur le champ dans le nouveau mouvement. Une période transitoire d’un an est ouverte avant un éventuel congrès fondateur à part entière, si les conditions en sont réunies. Entre temps, si des textes d’orientation et de fonctionnement sont adoptés, ils ne sont pas définitifs. Ils ne sont pas plus les statuts d’un parti que ne le sont les textes d’orientation et de fonctionnement du Front de gauche. L’association de financement n’est pas lancée et ne le sera qu’en février 2014, et sans se substituer aux associations des composantes qui perdureront un temps. Au 25 novembre 2013 donc, et au moins jusqu’en février 2014, personne ne paye de cotisations à « Ensemble ». Les membres de la Gauche anticapitaliste sont membres de la Gauche anticapitaliste et d’Ensemble. Les membres des autres composantes sont membres de leurs composantes et d’Ensemble.

Néanmoins, le bureau national de Gauche unitaire, le 25 novembre 2013, décide qu’un nouveau parti politique est né, et que les 35 signataires de la contribution « appartiennent » à ce parti, et ne sont donc plus membres de Gauche unitaire. Parmi ces exclus : 3 membres sur 6 du bureau national qui reste donc « pur », 8 membres sur 30 du conseil national qui reste donc quasiment « pur », et des militants d’une vingtaine de départements.

Après cet historique, qui retrace les faits, venons-en à la discussion.

 

Vous rendez-vous compte de ce que vous osez ?

 

Lorsqu’on manifeste, ou qu’on souhaite un changement de cap, ou tout simplement qu’on aimerait bien qu’on nous demande notre avis, on s’entend souvent répondre par les gouvernements nationaux de gauche comme de droite : « vous nous avez élus pour un mandat, alors circulez, ya rien à voir ! ». Toutefois, même les gouvernements nationaux consultent parfois les électeurs sur des questions d’importance capitale, notamment constitutionnelle, qu’ils soient de gauche (exemple du référendum sur le quinquennat en 2000), ou même de droite (exemple du référendum sur la constitution européenne de 2005). On sait qu’il leur arrive même de perdre ces consultations.

Si à l’échelle du gouvernement national, des questions capitales justifient un référendum, il doit en être de même dans une organisation politique de la gauche démocratique qui se dote d’un texte de congrès nommé « la démocratie jusqu’au bout ». Et effectivement, une conférence nationale avec vote a été organisée sur la stratégie en vue des élections municipales, alors qu’une telle procédure n’avait jamais été organisée pour d’autres échéances électorales. La chose est donc possible. La participation ou non à un processus de regroupement avec quatre autres organisations politiques, pouvant aboutir à terme à une fusion, n’est-ce pas au moins aussi important, de nature « constitutionnelle », que la stratégie aux municipales ? Une réponse honnête ne peut être qu’affirmative. Et pourtant la direction a refusé d’organiser un vote national sur le processus de regroupement. Pas assez important comme sujet ? Non, c’est autre chose : la direction Picquet-Faradji ne pouvait pas se permettre d’être à nouveau mise en minorité au niveau de toute  l’organisation, et elle savait que ça risquait d’être le cas.

Lorsqu’on accuse son époux d’avoir trompé, et qu’on intente contre lui une procédure de divorce pour faute, c’est un juge extérieur et impartial qui prononce ou non le divorce en ayant entendu les époux. Si l’un des deux époux est lui-même ce juge, on comprend aisément le problème de droit. La direction accuse les militants « pro-regroupement » de GU d’être sur le point de la tromper avec Ensemble. La direction juge elle-même que la faute est établie, réelle et sérieuse. Et la direction organise elle-même une « conférence de séparation », c’est à dire le divorce pour faute. Les fautifs seraient entendus, certes, lors de cette conférence, mais par l’époux « trompé », qui se trouve être le juge. On ne pratique pas comme ça dans une organisation politique. Or comme on ne peut pas aller voir un juge extérieur pour juger du divorce, il ne peut y avoir de divorce que par consentement mutuel. L’interdiction d’être juge et partie est un des fondements les plus importants de l’État de droit. D’où le refus catégorique des militants « fautifs » de participer à cette mascarade de conférence de séparation.

Les militants souhaitent demander un congrès. Ils veulent pour cela suivre les statuts, et rassembler deux tiers de l’organisation sur cette demande. Comment expliquer alors que le nombre à atteindre ne leur soit pas fourni ? Comment expliquer qu’une personne, Alain Faradji, trésorier de Gauche unitaire, soit seul dépositaire de la liste des adhérents et du fichier des cotisations ? Certes, aucune trésorerie collégiale n’a été élue, mais pourquoi cette absence de transparence ? Comment l’expliquer autrement que par la crainte de fournir les noms de camarades qui risqueraient d’être contactés et convaincus par les arguments des « pro-regroupement » ? Les listes électorales des communes sont publiques. Celles de Gauche unitaire ne sont pas consultables par ses militants, même pas par les membres de son bureau national, ou de son conseil national, ou même de sa commission de contrôle des statuts : un comble ! Une telle clandestinité et un tel secret ne sont pas l’apanage d’un fonctionnement démocratique, qui nécessite transparence et contre-pouvoirs.

Les statuts, parlons-en. Le bureau national, dans sa motion où il se débarrasse de 35 membres (presque 1 militant sur 8, rien que ça !), dit ceci : « L’article 6 des statuts de Gauche Unitaire stipule : « L’appartenance à un autre parti politique est incompatible avec la qualité de membre de Gauche Unitaire. » En conséquence, les camarades qui appartiennent à Ensemble – Mouvement pour une Alternative de Gauche Écologiste et Solidaire, ne sont plus membres de Gauche Unitaire à compter de ce jour. » Là encore, rétablissons la vérité. Manier des statuts est un exercice de nature juridique. Il se trouve que c’est mon domaine professionnel.

Voici ce que dit complètement ledit article 6 :

« Article 6 – Adhésion

L’adhésion à Gauche Unitaire se fait auprès d’une section ou d’une fédération départementale. Elle est enregistrée par le Bureau National et implique le versement d’une cotisation mensuelle fixée sur la base d’une grille nationale.

L’appartenance à un autre parti politique est incompatible avec la qualité de membre de Gauche Unitaire.

Tout membre de Gauche Unitaire doit accorder sa conduite aux principes de notre conception de la démocratie dans le mouvement ouvrier et à la lutte contre toutes les formes d’oppression.

La qualité de membre se perd en cas de :

– Démission ;

– Non règlement de la cotisation ;

– Radiation pour violation avérée des statuts prononcée par le Bureau National après avoir invité l’intéressé-e à présenter sa défense devant lui.  Préalablement à cette audition, le Bureau National entend l’avis de la Commission de Contrôle des Statuts et celui de la section où milite l’intéressé-e. L’intéressé-e peut faire appel de la décision du Bureau National devant le Conseil National qui statue en dernière instance. L’appel ne suspend pas la décision. »

Manions le droit.

Le premier alinéa explique comment se contracte l’adhésion.

Le deuxième alinéa explique ce qui empêche a priori de contracter l’adhésion ou a posteriori de la conserver (une condition suspensive, en droit).

Le troisième alinéa explique ce qu’implique d’avoir contracté l’adhésion.

Le quatrième alinéa, enfin, expose comment l’adhésion peut être rescindée.

Tout juriste honnête vous dira cela.

Il y a trois tirets dans le quatrième alinéa. Trois manières de perdre la qualité de membre de Gauche unitaire. Trois. C’est limitatif. Si ça ne l’était pas, on aurait une formulation du type « se perd notamment en cas », ou « peut se perdre en cas ». Il n’y en a que trois.

Voyons voir si moi, et mes 34 co-exclus, nous avons perdu statutairement la qualité de membre de Gauche unitaire.

Nous n’avons pas démissionné.

Nous sommes à jour de cotisations. J’ai pour ma part arrêté l’autorisation de prélèvement automatique concédée à l’AFGU, mais je payerai mes futures cotisations en espèces.

Nous serions donc radiés pour violation avérée des statuts prononcée par le bureau national. En effet, le bureau national estime que notre supposée double appartenance est une violation avérée des statuts.

Tout d’abord, nous n’avons pas de double appartenance. Personne n’appartient à un parti politique sans payer de cotisations. Personne ne cotise à Ensemble. Personne n’a demandé à exclure Christian Picquet ou Claude Debons pour double appartenance avec Gauche avenir, alors qu’ils « appartiennent » tous deux à son comité d’orientation. Ça ne tient pas.

Mais quand bien même on le soutiendrait, comme le fait le BN, le compte n’y est pas. « Radiation pour violation avérée des statuts prononcée par le Bureau National après avoir invité l’intéressé-e à présenter sa défense devant lui.  Préalablement à cette audition, le Bureau National entend l’avis de la Commission de Contrôle des Statuts et celui de la section où milite l’intéressé-e. »

Même si nous avions violé les statuts, aucun des 35 n’a été invité à présenter sa défense devant le bureau national. La commission de contrôle des statuts n’a pas été entendue. Les sections où militent les 35, c’est à dire bon nombre des sections de Gauche unitaire, n’ont pas été entendues. La direction explique dans une note « qu’il ne s’agit donc pas d’une exclusion », et elle a tout à fait raison ! Pas une exclusion statutaire en tout cas. Les 35 sont donc tous encore membres de Gauche unitaire.

Si un militant avait proféré des propos racistes, il bénéficierait de cette procédure protectrice. Mais nous n’en bénéficierons pas. Dans les entreprises, un patron doit mettre en œuvre une procédure en convoquant un salarié à un entretien préalable et en l’entendant avant de le licencier. La « justice bourgeoise » même, avant de condamner un prévenu, doit organiser un procès, où le prévenu est entendu, peut présenter sa défense et parler le dernier. Encore une fois, la protection des droits de la défense, par le droit reconnu à celui qui encourt une sanction de présenter sa défense, et de faire appel de la sanction prononcée, est un des fondements les plus sacrés de l’État de droit et de la démocratie.

Mais la direction de Gauche unitaire s’assied dessus. Lorsque tant de fondements démocratiques et de l’État de droit sont foulés aux pieds par un petit groupe de personnes pour conserver une parcelle de pouvoir dans un collectif non moins petit, comment cela s’appelle-t-il ? La justice d’exception, expéditive, les exclusions sommaires, de quoi est-ce la manifestation ? La démocratie jusqu’au bout, vraiment ? Oui, mais comme une bougie : tellement brûlée jusqu’au bout qu’il n’en reste rien. Rien que la nausée.

Il faut aborder une troisième partie. Pourquoi.

 

Pourquoi osez-vous ?

 

Les raisons sont multiples, et chacun fournira les siennes. Je vais fournir les miennes. C’est désormais mon analyse, subjective et qui n’engage que moi.

Après avoir été minoritaires dans la LCR puis le NPA, et débarqués comme on sait de celui-ci, l’exposition énorme que vous a donné la Gauche unitaire dans le Front de gauche vous est montée à la tête. N’étant pas sur le terrain, mais dans les instances nationales, vous n’avez jamais pris conscience que Gauche unitaire était minuscule, l’est restée, et n’a jamais enthousiasmé les masses. Moi, sur le terrain, malgré mon engagement dans GU, ma réalité militante a toujours été le Front de gauche, et non recruter pour faire enfler un groupuscule de 200 à 300 militants.

La surreprésentation de GU dans les listes aux élections n’y a pas aidé. Et avec ces élus, sont venus les sous. Être à la tête d’une organisation minuscule, que ça n’embête pas de fonctionner au consensus et dans laquelle aucun contre-pouvoir n’est instauré, ça change les choses. Ayant été habitués dans la tradition trotskyste à militer avec rien, voilà que vous aviez beaucoup, énormément. Vous avez sorti par milliers d’exemplaires des affiches que personne n’a jamais collées, des fascicules que personne n’a jamais diffusés ni même lus, et qui sont encore stockés par monceaux au siège de GU. Vous avez commencé à faire vivre l’organisation au-dessus de ses moyens. Ou plutôt au-dessus de ce qu’auraient dû être ses moyens à la mesure de sa taille réelle. Mon professeur de prolepse m’impose d’inclure la phrase suivante : il n’y a aucune accusation d’enrichissement personnel contre aucun d’entre vous dans mes propos. Ce sont les finances de l’organisation qui ont grossi comme la grenouille qui veut se faire plus grosse que le bœuf. À la fin, elle en crève.

Du coup, la perspective de fondre ces finances et cette exposition dans un regroupement, sans en être et de loin la plus grosse composante, de perdre cette toute petite parcelle de pouvoir minuscule, ce petit confort de vie militante, et de devoir à nouveau se retrouver dans l’ombre, ou même dans une direction mais collégiale, de devoir composer, voilà qui n’était plus tentant du tout. Après tout, Jules César, dont on sait qu’il n’a pas été empereur, n’a-t-il pas dit « Je préfère être le premier dans ce village, que le second à Rome » ? D’où la volte-face opérée entre 2012 où la direction de Gauche unitaire était toute entière dans le processus de Trait d’union et 2013 où elle a soudain perdu tout intérêt. Soyons subjectifs une seconde : oui, le processus Trait d’union s’est accéléré considérablement au premier semestre 2013. Mais d’une part, j’ai toujours milité aux côtés du PCF et du PG, avec lesquels j’ai des désaccords, au sein du regroupement Front de gauche, J’estime en avoir plutôt un peu moins, même si j’en ai, avec les quatre autres composantes de Trait d’union. Est-ce une raison suffisante pour fusionner, me direz-vous ? Non, il y a la masse critique militante. Quand on est sur le terrain, et que dans une grande ville on a 1 militant de GU, 2 militants de GA, 4 militants de la Fase, pour peu qu’on soit relativement d’accord, on a envie d’arrêter de s’éparpiller et d’avoir un collectif militant fonctionnel. Les désaccords sont surjoués dans les instances nationales, mais vite mis de côté dans la pratique de terrain quotidienne. D’où le fait que dans de nombreuses villes, le regroupement fonctionne quasi fusionné déjà depuis des mois !

Il n’y a pas que ça. Il y a une orientation. J’ai évoqué Gauche avenir. Tout est là. Christian Picquet y côtoie des membres de la gauche du PS, de la gauche d’EELV, et d’autres courants de la gauche institutionnelle. L’argumentaire de la direction a donc été, ces derniers mois, de se positionner sempiternellement « au cœur de la gauche », et non plus au sein du Front de gauche. Les possibilités de ruptures à la gauche du PS et des Verts sont sans cesse surévaluées. Il faudrait remplacer le Front de gauche, qui serait de toute manière en décrépitude et prêt à rendre l’âme, par une nouvelle majorité de gauche anti-austérité. La quadrature du cercle… Où trouver les troupes ? La gauche du PS ne sortira pas du PS. Maurel, son chef de file, se fait parachuter n°2 de la circonscription Ouest aux européennes alors qu’il est vice-président de la région Île de France, pour conquérir un poste d’euro-député. Comment croire, alors qu’il passe pour cela sous les fourches caudines de Solférino, qu’il va sortir du PS et construire une majorité anti-austérité ?

Il y a une place dans les cœurs du peuple de gauche pour un combat contre l’austérité. Aujourd’hui, c’est le Front de gauche qui peut la remplir. Pas Gauche avenir ou n’importe lequel de ses avatars hypothétiques.

Pour finir, laissez-moi vous dire que vous êtes ridicules. Vous avez beau me faire pleurer, vous allez faire rire tout le monde. Vous serez montrés du doigt. Toutes les organisations du Front de gauche sont au courant de vos agissements. Le PS, avec lequel vous envisagez pour certains de vous présenter dans certaines villes aux municipales, sera rapidement au courant. EELV aussi. Tout le monde saura. Ceux qui voudront bien vous accompagner devront assumer le ridicule de vos agissements néfastes. Vous deviendrez les pestiférés de la gauche de transformation sociale. Sur le drapeau rouge et blanc de mon organisation, vous laisserez une tache noire indélébile.

Vous pouvez nous exclure, nous reviendrons. Nous reviendrons et nous serons des centaines, nous serons des milliers, nous serons des millions : nous serons le Front de gauche, et vous, vous ne serez RIEN.

 

Martial A., membre fondateur du NPA, puis de la Gauche unitaire, puis d’Ensemble.

Purgé pour dérive droitière du premier, pour dérive gauchiste de la seconde : centriste dans le troisième ?

Paris 5e.

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4 commentaires
  1. J’ai quitté Gauche Unitaire après la conférence régionale Pays de Loire, où nous avons été quelques uns pour emporter une majorité, malgré la présence « bienveillante » d’un membre parisien du BN, Ce n’est peut être pas ce que j’ai fait de mieux, mais après le congrès j’avais déjà de sérieux doutes quand j’ai vu comment la direction se verrouillait (on m’a gentiment demandé de retirer ma candidature au CN, privant la région d’un second représentant par exemple).
    Peux-tu envoyer ton article ici si ce n’est déjà fait ?
    http://gauchevraimentunitaire.wordpress.com/
    Bon courage et bientot « ensemble »

  2. Je suis navrée de lire ce qui se passe, Martial.
    Garde le cap, camarade. Pour cela, je sais que ta boussole n’est pas faussée et que rien ne te fera dévier.
    Hasta la victoria sempre…
    Brigitte

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