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Combien de Français pour l’interdiction de mazouter les plages ?

1 août 2011

La lecture des titres de l’actualité est toujours un grand moment de joie sans cesse renouvelée : que vont-ils nous pondre cette fois ? Aujourd’hui, on apprend grâce au Monde que « Les trois-quarts des Français [seraient] pour l’interdiction de fumer sur les plages. »

Passons rapidement sur le procédé maintes fois dénoncé qui consiste à déduire d’une étude Ifop, portant sur les 1002 personnes âgées de plus de 18 ans qui ont accepté de répondre à un questionnaire « auto-administré » en ligne, le fond ultime de la pensée « des Français ». Voici ce que dit Wikipédia, avec toutes les pincettes qu’il faut y mettre, des questionnaires auto-administrés : « Plutôt utilisé par la presse, le questionnaire auto-administré est rempli par la personne enquêtée et renvoyé en fonction de son bon vouloir. Le courrier électronique permet parfois de simplifier la démarche. Le taux de retour est particulièrement faible, il n’est pas rare que le sondage s’accompagne d’une promesse de cadeau pour motiver les réponses. Il n’en demeure pas moins que le taux de réponse ne dépasse jamais quelques pourcents et qu’il est impossible de construire un échantillon représentatif. »

L’un des enseignements que tire l’Ifop de ce sondage est le suivant : « un rejet plus massif chez les sympathisants d’extrême-gauche, de par leur tradition libertaire (45% d’entre eux y sont hostiles). » Le Monde, lui, relève ce trait comme une « curiosité de l’enquête. »

Il faut donc expliquer au Monde, pourquoi ce n’est pas une curiosité. Mais avant cela, décrypter et démonter le fond de ce sondage.

D’après l’Ifop, l’étude porterait sur deux débats, le débat environnemental, et celui de la santé publique. Or, la question posée dans le sondage concerne uniquement « la mise en place d’une interdiction de fumer sur les plage » sans autre élément de contexte.

Il ressort des commentaires que l’on peut lire ici ou là, après les articles que toutes les feuilles de chou ont écrit en reprenant presque mot à mot la nouvelle de l’AFP, que la motivation première des réponses favorables à cette interdiction serait la présence de mégots dégueulasses qui dégueulassent nos belles plages. Sous-entendu nos plages où on a quand même trimé toute l’année pour pouvoir venir en bagnole se délasser deux ou trois semaines avant de retourner trimer pour revenir l’an prochain.

Quoi de plus naturel alors que ce sondage, commodément commandé et publié en plein « chassé-croisé des juillettistes et des aoûtiens © »  rituel, se traduise par un résultat reflétant presque exactement la proportion non-fumeurs/fumeurs qui est à peu près de 72/28. À cette question, les sondés, déjà sur les plages, répondent oui s’ils ne fument pas parce qu’ils viennent de marcher sur des mégots quelques jours avant et que c’est moche, et répondent non s’ils fument parce que la plage était un des rares endroits où ils pouvaient encore s’en griller une en vacances.

Le débat environnemental posé par l’Ifop se résoudrait donc à un simple débat d’esthétique paysagère. Or les plages sont infiniment plus dégradées, paysagèrement et environnementalement parlant, pour le coup, par la présence soudaine d’un afflux massif de vacanciers qui les souillent bien plus par les détritus qu’ils y laissent et par les quantités de carburant qu’ils ont brûlé pour s’y rendre qu’en y jetant quelques mégots.

Pour un fumeur qui jette dix mégots dans la journée sur la plage, on a trois non-fumeurs qui jettent papiers, sacs plastiques, cannettes, journaux et jouets cassés. (Le fumeur jette aussi en général tout cela, ne le défendons pas plus qu’il ne faut)

Et pour 10 millions de Français sur les plages, on a un Amoco et une Erika.

Il y a donc une grande hypocrisie dans les réponses à ce sondage, ainsi que dans les analyses qui en sont tirées par le soi-disant institut de sondage, qui n’est qu’une entreprise commerciale comme une autre. D’ailleurs, il est à relever que l’étude est commandée par Ouest-France, journal donc sans doute le plus lu sur l’ensemble des plages françaises, et non par les Dernières nouvelles d’Alsace ou Vosges-Matin. Cette étude n’est donc qu’une opération de communication destinée à donner bonne conscience à trois quarts des vacanciers sur les plages de l’Atlantique, et à donner au moins une raison de râler au comptoir du bistrot au dernier quart.

Le souci de santé publique, maintenant. C’est celui qui a mené à la plupart des mesures visant à combattre le tabagisme ces vingt dernières années. Celui-ci, au moins, est réel et louable. Mais a-t-il lieu d’être dans ce sondage, dans cette question particulière ? On a progressivement, depuis vingt ans et la loi Évin (et même avant à partir du décret de 1976), interdit de fumer dans un nombre croissant de lieux publics fermés. J’ai toujours soutenu ces mesures, n’étant pas fumeur et étant fort incommodé par la nocivité des fumées de tabac. Je ne voulais pas être un fumeur passif et avoir des séquelles de santé à cause de la toxicomanie d’autres gens.

Et puis il y a eu une mesure qui m’a fait me poser de sérieuses questions. On a un jour interdit de fumer sur les quais de gare. Pas les quais du métro ou du RER, confinés, c’était déjà fait depuis longtemps, mais sur tous les quais de gare, de toutes les gares, même ceux à ciel ouvert ne disposant pas même d’un auvent. Là, j’ai commencé à douter.

Une mesure devient fanatique quand elle continue en apparence à poursuivre un même but en oubliant complètement de rechercher s’il peut être atteint par la mesure en question.

L’interdiction de fumer sur les quais de gare à ciel ouvert, même si elle n’est bien entendu pas vraiment respectée (quoique rappelée fréquemment dans les hauts-parleurs « Big Brother » de la SNCF), était une mesure fanatique. Et là où il y a du fanatisme, on perd la raison. Personne n’attrape de cancer par tabagisme passif en attendant un train pendant vingt minutes sur le même quai de gare à ciel ouvert qu’un fumeur. Déjà les fumées s’envolent vite ou sont balayées par le vent, et en plus, il n’est pas trop difficile sur un quai de gare de s’en éloigner, de ce fumeur.

De même, qui peut penser qu’un tabagisme passif réel peut exister sur une plage ? Les littoraux marins sont bien souvent assez venteux, alors comment respirer plus que quelques relents de cigarette ? La seule réponse est : par un immobilisme forcené.

Il y a donc là bien un aveu dans les réponses à ce sondage : si on prend en compte la problématique de santé publique concernant le tabagisme passif sur les plages, alors on établit comme acquis le fait que des gens s’entassent les uns à côté des autres pendant des heures sans bouger d’un iota sur une plage qui n’a rien demandé.

Et on oublie allègrement, alors, les problématiques autrement plus graves de santé publique que pose en réalité le fait d’établir comme acquis ce constat. À savoir le fait, comme mentionné plus haut, que ces millions de méduses humaines immobiles sont venues là en voiture, ont donc rejeté des tonnes de saloperies dans l’air qui causeront des asthmes grandissants à leurs enfants, à tous leurs enfants, y compris à ceux qui ne vont pas à la plage. Et à savoir le fait qu’en restant immobiles des heures durant sur cette plage, ils s’exposent à des cancers de la peau que tout le monde devra leur payer, et ils participent à l’étoffement de l’embonpoint général, source de nombreuses maladies cardio-vasculaires.

Pour en venir enfin à la « curiosité » de l’opposition bien plus marquée (quoique toujours minoritaire) à cette mesure par les sympathisants d’extrême-gauche (définie par LO-NPA-Front de gauche, les uns et les autres apprécieront d’être mis dans un même panier de crabes…), elle n’a rien d’une curiosité, et comme je la partage, j’en ferais même une fierté.

Fierté de savoir décrypter les tenants et les aboutissants d’une telle question, de savoir détecter les relents de fanatisme dans une politique du tout répressif et du tout sécuritaire. Oui, M. Ifop, les sympathisants d’extrême-gauche ont peut-être une tradition libertaire, et c’est tant mieux. Ils ont aussi, et surtout, une culture de l’esprit critique qui fait qu’ils sont capables de douter de tout, de discerner le réel de l’évident mis en scène, de voir autant les trains qui arrivent à l’heure que ceux qui arrivent en retard, en somme de cerner les enjeux et de réfléchir.

Une activité à laquelle les sondés de l’Ifop et les lecteurs plagistes de Ouest-France doivent en majorité préférer le Sudoku

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