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La notion d’organisateur : une notion adolescente

 

Dans son texte Identité et identification à l’adolescence, Évelyne Kestemberg introduit, plutôt que la notion de « crise d’adolescence » qui sous-entend un évènement soudain, bref et un peu violent, la notion d’organisateur.

 

Cette notion d’organisateur a une histoire intéressante puisqu’elle est d’abord née en biologie. Hans Spemann a appelé « Organisator » une région de l’embryon de certains amphibiens, qui est la première, très tôt dans l’embryogenèse, à se différencier en plusieurs types de cellules. Il y a donc là déjà une question d’identité, de différenciation par rapport à ce qui est fourni par les parents. « Organisator » découle évidemment de la racine « org- » signifiant « travailler », ce qui suppose que même si le sujet n’est pas né et qu’il est littéralement encore en gestation, il travaille déjà.

 

Ce qui tourne autour de l’enfance a tendance à grandir. C’est le cas du mot « enfant » lui-même, désignant en principe « celui qui ne parle pas », et qui a très tôt désigné par extension toute une période où l’enfant parle, en réalité. Il est donc peu étonnant que le psychiatre et psychanalyste René Spitz ait repris la notion d’organisateur à l’embryogenèse pour l’appliquer à des stades d’évolution, proprement de différenciation, du nourrisson.

 

René Spitz a postulé des stades de développement du nourrisson puis du petit enfant, le passage entre chaque stade se faisant au moyen ou au moment de la survenue d’un indicateur, qu’il a nommé organisateur. Ces organisateurs sont des passages obligés, des jalons sans lesquels le stade suivant n’est pas atteint et la situation du sujet devient pathologique. Il ne parle pas de « réorganisateurs », et Kestemberg soulignera l’importance de la distinction : l’organisateur ne fait pas que prendre les éléments préexistants pour les battre et les redistribuer comme un jeu de cartes. Il organise entièrement le sujet selon un nouveau schéma, sans faire non plus table rase de l’avant, mais sans s’en contenter.

 

Le premier stade du développement du nourrisson, selon Spitz, est le stade anobjectal. Durant ses deux premiers mois de vie, environ, le nourrisson n’a pas la notion qu’il y a un autre, qu’il y a un dehors, qu’il y a un objet. Il émet des besoins qui doivent être satisfaits, et qui le sont promptement, et il peut seulement fantasmer son omnipotence d’avoir lui-même créé et le besoin et le retour de la satiété. La mère (ou plus rarement, le père) et lui constituent une « dyade », un « deux en un », qui n’est rien de plus qu’une identité. Néanmoins, le délai entre l’émission du besoin et sa satisfaction est non nul, contrairement au stade fœtal. Et les parents qui s’occupent du nourrisson ne font pas que le nourrir et lui prodiguer les soins techniques nécessaires, ils s’efforcent de créer du lien et de la communication. Ces deux éléments vont déclencher le premier organisateur spitzien : le sourire-réponse du 3e mois.

 

Il s’agit du sourire intentionnel répondant à un visage humain de face et en mouvement. Il représente la toute première forme de communication avec l’autre, ce que les ufologues appelleraient le « premier contact ». Et cette réponse organise entièrement le sujet : il se dote d’un Moi répondant à une altérité, il devient sujet investissant un ou des objets, il devient conscient d’un monde interne et d’un extérieur, et les stimuli de cet extérieur prennent le pas sur ceux de l’intérieur.

 

S’ouvre alors le deuxième stade décrit par Spitz, le stade pré-objectal, car l’objet est encore mal délimité quoique appréhendé. Les contours de l’objet se précisent, les relations se tissent, le Moi se construit peu à peu. La perception du monde se fait de plus en plus lointaine par la vue, le regard qui se lance hors de l’espace de préhension pour repousser ses limites. Le nourrisson a compris qu’il y a Moi et des objets extérieurs, mais il n’a pas encore bien réussi à faire la différence entre ceux-là. C’est justement cette différenciation qui sera l’occasion du deuxième organisateur : l’angoisse du 8e mois.

 

Le bébé n’accorde plus le même sourire-réponse à tous les visages, même à tous les visages connus. Il reconnaît ses parents qui s’occupent de lui et les autres, étrangers. Il réserve à ces derniers une réponse plus froide, voire carrément hostile. De même, lorsque le parent s’éloigne, il éprouve et exprime une réaction d’angoisse de séparation. La différenciation fait encore un pas de plus, et le nourrisson, qui jusque-là a passé plus de temps dans le ventre de sa mère qu’en dehors, a un peu de mal à s’y faire. Mais cet organisateur lui permet d’appréhender son individuation, ainsi que de construire son amour-propre lorsqu’il voit que la séparation d’avec le parent est suivie d’une retrouvaille rapide.

 

Rassuré, le bébé entre dans le stade objectal des relations sociales différenciées, avec des objets de nature et de valeur différente, à investir à des degrés différents, pouvant même changer dans le temps et en fonction des interactions. C’est aussi le stade de la locomotion qui permet de développer l’initiative, donc une forme de libre-arbitre et de désir. Cette forme de libre-arbitre et ces désirs se heurtent immanquablement à la censure parentale et sociale. Ce conflit du Moi avec un Surmoi encore externe fait naître le troisième organisateur : le non du 15e (ou 18e) mois.

 

Le bébé, confronté à cette censure, va entamer un travail, c’est à dire une organisation, d’internalisation en se l’appropriant : il va lui-même opposer un « non » aux manifestations de libre-arbitre et de désir de ses parents. Il n’y a alors plus identité, il y a en revanche identification, puisqu’en disant « non » à ce moment, le bébé ne fait qu’imiter le parent qui vient de lui dire « non ». L’apparition de désirs contradictoires censurés entre l’enfant et ses parents à cette période est ce que Freud a appelé le complexe d’Œdipe.

 

C’est ici que nous retrouvons Évelyne Kestemberg, qui prend cette notion d’organisateur et en fait une notion proprement adolescente, au sens étymologique du terme. « Adolescent » est en latin le participe présent du verbe « adolescere » qui signifie « grandir, mûrir ». « Adolescere » est lui-même composé des deux éléments « ad + alescere », « ad- » étant un préfixe signifiant « vers, en direction de » et « alescere » : « être nourri » et par extension « grandir ». « Alescere » est même la forme inchoative (c’est à dire, à peu près : passive, progressive) du verbe « alere », « nourrir », racine que l’on retrouve dans « aliment ». « Adolescent », c’est donc « qui est nourri, alimenté, pour grandir ». Cette parenthèse étymologique pour valider l’alimentation par Kestemberg de deux nouvelles acceptions dans la notion d’organisateur.

 

Au demeurant, les organisateurs de Kestemberg ne tiennent pas nécessairement compte de ceux de Spitz. De fait, elle pose un organisateur œdipien, celui de la résolution du complexe d’Œdipe. Pour elle, jusqu’à ce complexe d’Œdipe, l’enfant est dans un mode de relation à l’Autre qu’elle nomme le vécu, mode encore assez passif, où les sensations corporelles, les perceptions, prennent plus de place que les relations et la cognition. Pendant l’Œdipe, le vécu libidinal prévaut sur le connu, tandis qu’à sa résolution s’ouvre la période de latence où c’est le connu qui va prendre les devants, nouveau mode de relation à l’Autre qui mobilise l’acquisition de la motricité et du langage permettant la distanciation, et qui va mettre en place les nouvelles fonctions du Moi, opérationnelles et conceptuelles.

 

Enfin, Kestemberg en vient à l’organisateur pubertaire, l’équivalent de la crise d’adolescence. Elle insiste bien sur le fait que ce n’est pas un moment pathologique, que c’est un moment nécessaire et angoissant, et même « nécessairement angoissant », mais que tout le monde doit en passer par là. À nouveau, le vécu et le connu s’entrechoquent, et le sujet adolescent ne sait plus s’il doit faire confiance à ses vécus corporels qui sont en train de se génitaliser, ou à ses connus, ses acquisitions opérationnelles et conceptuelles, c’est à dire les références et les idéaux acquis pendant la période de latence.

 

Cet organisateur est pour Kestemberg le plus important car il doit permettre d’accoucher le sujet adulte, seul à même de définir enfin sa propre identité et de choisir sans s’y perdre ses identifications.

 

On pourrait creuser plus avant le filon entamé par Spitz et Kestemberg. Après tout, « adultus » est le participe passé d’« adolescere »… L’organisateur, venu de l’embryogenèse, peut grandir jusqu’à l’âge adulte.

 

L’organisateur suivant qui semble sauter aux yeux, c’est la parentalité. Il n’est guère contestable que cet évènement « organise » entièrement la vie et la psyché du sujet, à partir d’éléments déjà présents mais en y en ajoutant beaucoup de nouveaux et d’inconnus. On sait également que le contact avec l’enfant fait rejouer au parent des scènes de sa propre vie infantile, réveille des conflits enterrés ou oubliés depuis longtemps. Mais au-delà même de la parentalité réalisée, il me semble que la potentialité parentale elle-même peut faire office d’organisateur. Qu’on ait fait des enfants ou non, la période où son entourage en fait, où la société s’attend à ce qu’on en fasse, où sa propre psyché se pose la question sans y apporter jamais la même réponse a les caractéristiques de la « crise », donc pourquoi pas aussi d’organisateur.

 

De fait, j’ai observé qu’à l’âge où j’ai décidé d’avoir un enfant, sans que ce projet soit finalement réalisé, j’ai soudain acquis les mécanismes de la reconnaissance faciale, cette faculté que j’avais toujours admirée avec incompréhension jusque-là chez mes aîné·e·s de reconnaître que le petit nouveau a le menton du grand oncle et la petite nouvelle les yeux de sa mère mais la bouche de son père. Il n’y a eu aucun apprentissage, tout s’est passé comme si la parentalité potentielle avait joué pour organiser l’émergence de cette compétence sans coup férir.

 

En tant qu’inspecteur du travail, j’aurais sans doute beaucoup à dire sur deux organisateurs, celui où l’on se lance dans le monde du travail, et celui où on l’on cesse d’y croire comme aux contes de fées, mais cela déborderait de l’objet de cet exposé.

 

Enfin, la retraite me semble le dernier organisateur psychique, souvent concomitant, d’ailleurs, avec une nouvelle parentalité, celle de ses propres enfants. La « retraite », c’est se retirer, c’est un nouvel avatar du mouvement de différenciation, de séparation-individuation, et c’est forcément une prémice symbolique de la mort. D’aucuns diraient même que l’humain n’a travaillé jusque-là que pour se préserver d’avoir à penser à sa propre mort. La retraite réactive cette pensée, et comme l’être humain ne peut en aucun cas envisager sa propre mortalité, ne peut absolument pas se penser individuellement et affectivement comme mortel, aussi rationnellement qu’il puisse en être convaincu par ailleurs, s’ouvre un nouveau conflit psychique qui me semble pouvoir mériter sans conteste le qualificatif d’organisateur.

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Commentaire sur « La mise en mouvement dans la pensée magique »

Ce texte de Chantal Lheureux-Davidse est une étude de cas sur la personne d’une jeune fille de 10 ans en début de thérapie, autiste et atteinte de trisomie 21.

 

L’article contient différents paragraphes titrés, qui décrivent plusieurs épisodes importants de la thérapie, révélant à chaque fois une manifestation précise de la pensée autistique. « La mise en mouvement dans la pensée magique », qui donne son nom à l’article, est un paragraphe plus long venant en fin d’article, mais il faut évoquer rapidement les paragraphes précédents.

 

« L’impossible rencontre en direct » évoque les difficultés habituelles chez les sujets autistes à établir un contact visuel par le regard, ainsi que tout contact physique direct. Notamment, Mme Lheureux-Davidse demande à Flora si elle accepte de lui « donner » la main, mais Flora cache alors sa main dans sa manche et la psychologue s’aperçoit que la proposition a pu être entendue au sens littéral, et que Flora craint que sa main lui soit enlevée. En lui proposant de « se tenir à » sa manche, la difficulté est résolue. Plusieurs séances et trajets plus tard, Flora prend d’elle-même l’initiative de tenir la main de la psychologue. On voit là le signe d’une pensée littérale, qui appréhende mal l’utilisation de la métaphore.

 

Dans « Dispersion et pensée associative », nous voyons Flora s’émerveiller à chaque passage devant un massif de fleurs. Voulant manifestement partager cet émerveillement, ce qui est un premier pas vers l’autre, elle énonce les mots qui lui viennent à l’esprit : « abeille, tartine, miel », venant du registre associatif, mais pas le mot « fleur ». Après chaque mot, elle tourne lentement la tête vers la psychologue pour approbation. La pensée associative risque de dériver sans arrêt de la réalité, et empêche de partager une réalité avec l’autre.

Il est aussi à mon sens très parlant que l’enfant nommée « Flora » ne puisse prononcer le mot « fleur », il y a manifestement là-dedans une certaine négation de soi inconsciente – après vérification, le prénom a été changé par l’autrice, toutefois le choix de ce prénom pour cette jeune fille qui ne peut pas dire « fleur » n’est sans doute pas dû au hasard.

 

Ensuite, on arrive dans le bureau où se déroulent les séances, et Flora manifeste une « terreur des formes informes ». Ce sont notamment les rideaux qui font des plis, et les cheveux longs de la psychologue qui lui font peur, parce qu’ils ne sont pas solides et ne lui donnent pas de contenance, contenance qu’elle ne trouve pas encore dans la relation à l’autre. Elle lance des objets vers ces formes inquiétantes pour tester leur solidité.

On apprend que la trisomie 21 de la jeune fille a rendu les parents démissionnaires dès sa naissance. Le père avait abandonné totalement, tandis que la mère s’occupait de la petite mais sans rêverie, sans narrativité, sans jeu. Flora n’a donc pas appris l’expressivité du visage, elle est impassible, et très rigide dans sa posture, elle manque de souplesse.

 

Est donc questionnée « l’authenticité des émotions exprimées ». Flora prend l’habitude de se suspendre de toute sa force aux cheveux de la psychologue juste avant d’entrer dans le bureau, puis de la regarder impassiblement pour chercher une réaction. Mme Lheureux-Davidse essaye la bienveillance, la sévérité, le raisonnement, la morale, mais rien n’y fait. Enfin, elle trouve ce que la jeune fille recherche : elle prend les expressions de la douleur et de la tristesse, commençant à pleurer. C’est cette émotion authentique que Flora attendait dans le visage de la psychologue, ne l’ayant jamais vue dans le visage de sa mère et ne pouvant la reproduire elle-même. La rencontre se fait par l’authenticité qui lui a tellement manqué.

 

Le paragraphe suivant parle de « la relation cassée » : le mot « cassé » est l’un des rares mots que Flora peut dire, ayant très peu de langage verbal. Elle a reporté son intérêt sur son environnement non humain, faute d’avoir pu investir son environnement humain, et ce qui l’intéresse le plus sont les objets ou les feuilles « cassées ». Parfois, elle déchire elle-même un coin d’une feuille en disant « cassée » puis l’examine intensément, on devine qu’elle s’interroge derrière sur l’échange ou la relation « cassée ». Elle parle à ces objets inertes, comme pour les humaniser, mais dans un langage incompréhensible, à l’image peut-être du langage que lui tenait sa mère, incompréhensible pour sa fille « cassée ». C’est là qu’apparaît la pensée magique, et le problème est qu’elle risque de l’enfermer dans le non humain en délaissant totalement l’humain.

 

La pensée magique est définie par Freud, même s’il n’utilise pas le terme précis, dans Totem et tabou comme « la toute-puissance des idées », formulation qu’il emprunte à l’Homme aux rats. C’est la pensée qui s’attribue le pouvoir de provoquer des effets matériels dans la réalité, qui attribue à des causes réelles des effets impossibles ou surnaturels, ou vice-versa. On en a déjà parlé à plusieurs reprises sur ce blog (au sujet de l’alcool au volant ici et , de la conduite automobile en général, de la diététique, ou du klaxon).

 

Flora a peu à peu pris confiance dans la relation naissante, et un jour elle s’assied en tailleur sur le bureau juste devant la psychologue, dans son espace de préhension, mais sans la regarder, elle parcourt des yeux les alentours. Elle aperçoit un ballon sur une étagère et lui fait un clin d’œil séducteur et un signe de son index pour le convier à la rejoindre. Le ballon est l’objet investi et convié dans la relation, tandis que la psychologue est reléguée au rang d’objet inerte. Flora n’envisage pas qu’un être humain puisse avoir envie de la rejoindre. Toutefois, la simple position de Flora, sa présence massive sous les yeux de la psychologue, convainquent celle-ci que tout cela lui est adressé malgré tout.

 

C’est pourquoi la psychologue choisit d’abord la narrativité pour commenter ces beaux échanges que Flora voudrait avoir avec le ballon. Une fois cet échange « Flora<->ballon » ancré dans de l’humain par la narrativité, Mme Lheureux-Davidse va chercher le ballon et le lui donne. La pensée magique a été réalisée, par un être humain proche. Flora lance le ballon vers le rideau qui lui fait peur. La psychologue retourne chercher le ballon en narrant à haute voix que lancer le ballon vers les endroits inquiétants et informes permet de se préparer à y regarder. Flora lance ensuite le ballon au-dessus du placard, sombre et inaccessible au regard. À nouveau, narrativité sur le fait que Flora a peur de lancer son regard dans un endroit inaccessible ou elle a peur de se perdre. En lui rendant le ballon, la psychologue prouve à Flora que le regard, pas plus que le ballon, ne se perd en se lançant.

Flora reprend alors le ballon et le met en contact sur sa tête puis les bords de son corps, nouvel acte préparatoire au contact relationnel.

 

Enfin, elle lance le ballon tout en adressant un regard, ce qui est en fait la même chose dans sa pensée. Elle réclame aussitôt hâtivement le retour du ballon pour s’assurer qu’elle ne se perd pas, qu’elle ne disparaît pas. Le ballon est retourné, et le contact en direct, bien préparé, est concrétisé.

 

La pensée magique a été une médiation pour « différencier le non humain et l’humain ». Il n’y a pas à proprement parler d’ « indifférenciation » entre les deux chez Flora, mais une substitution qui permet de diminuer la charge émotionnelle et de ralentir le rythme des échanges. Mme Lheureux-Davidse fait le parallèle très intéressant avec les mécanismes de déplacement à l’œuvre dans la formation des rêves, qui mettent un objet pour un autre pour en diminuer la charge émotionnelle trop intense.

 

On arrive enfin au passage de « la pensée à l’action magique ». Flora se lance de plus en plus souvent dans le regard de la psychologue, mais de façon fugitive, détournée. Un jour où elle est en confiance, elle se lance vers la psychologue, mais de tout son corps de 13 ans, bras en avant du haut d’un talus. Heureusement, une barrière située juste derrière la psychologue lui sert d’arrière-plan contenant pour réceptionner Flora. Celle-ci vient donc de faire l’expérience d’un fond solide contenant qui la retient quand elle se lance, comme l’est la relation à l’autre, sans se rendre compte bien sûr du caractère inapproprié du geste en lui-même.

 

En conclusion, la pensée magique s’était maintenue chez Flora après l’enfance car elle n’attendait plus de réponse du côté humain. L’investissement du non humain est plus rassurant et permet de pas perdre contact malgré tout avec les qualités premières recherchées dans une relation à un autre. Ce serait donc pour elle un passage obligé pouvant préparer à un investissement humain, pourvu toutefois que quelqu’un s’intéresse à ce passage par la métaphore pour préparer la rencontre et la mener à bien.

 

Pour autant, le passage par la pensée magique n’est pas délirant comme il pourrait l’être dans un registre psychotique. En témoigne le fait que ses manifestations sont théâtralisées en présence de la psychologue, qui est bel et bien présente comme public destinataire. La pensée magique a donc constitué un passage structurant pour aboutir à un accordage avec l’humain.