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Le cosmos me chie dans la bouche

Je vais cracher ça là ce vendredi soir, comme ça je passerai un meilleur weekend. Enfin un peu moins pire que ce qui se profile.

Personne ne m’a convaincu. D’ailleurs, j’ai parlé au moins de gens possible. J’ai lu le moins de choses possible, même si c’est difficile, surtout si on utilise un tant soit peu Fesse-bouc. Je veux parler bien sûr de LA question actuelle, sur laquelle j’ai déjà réfléchi avant-hier ici-même. Je suis entré en introspection catatonique. Oui, j’aime bien utiliser des mots compliqués, ça me donne de l’importance, voire de la suffisance…

Je vais voter Macron. Voilà. C’est dit. J’ai juré mes grands dieux toute la campagne que non, dimanche à 20h je me suis dit que j’étais débarrassé de ça, et en fait non. Parce que bien sûr que non. J’estime que quiconque ne se pose pas de questions et ne se remet pas en cause est en état de mort cérébrale. J’essaye de ne pas trop l’être. Donc j’ai réfléchi, une fois mis devant le fait accompli.

Comme je l’ai dit, je n’ai écouté presque personne, presque aucun argument. D’autant moins que voltigent surtout les arguments d’autorité ou ad hominem depuis dimanche. Et j’ai retenu deux éléments pour emporter ma décision. Seulement deux.

Primo, la victoire de Le Pen déclenchera sans doute, comme le Brexit ou Trump, eux aussi de brillants votes démocratiques, une vague de violences racistes, sexistes, homophobes. Si dès dimanche soir, une horde de skins part en pogrom et massacre une personne noire, une personne d’origine maghrébine, une personne homosexuelle, ou qui que ce soit d’autre, comment pourrais-je aller à République me rassembler contre le fascisme le lendemain ? Comment le pourrais-je, si je n’ai pas utilisé cette merde de bout de papier à la con la veille pour l’empêcher, tout provisoirement que ça soit ? Pris à partie par le père, la mère, le frère ou la sœur de la victime (woho ohoh, ce serait le malheur) me demandant ce que je fais là, comment pourrais-je arguer de mon antifascisme, de mon antiracisme, de mon antisexisme, si je n’ai pas utilisé un moyen simple et sans danger pour empêcher le meurtre ? Yeux dans les yeux, ces proches me fusilleraient, ils auraient raison, et je ne m’en remettrais pas. Cette première raison est donc entièrement égoïste. Je veux pouvoir vivre avec moi-même. J’espère donc qu’elle ne convaincra personne, parce que je suis à peu près persuadé que c’est une mauvaise raison, et qu’elle ne fonctionnerait sans doute pas pour bien d’autres gens.

Secundo, et plus légèrement, je me focalise sur la gueule de Le Pen le soir de sa défaite. Je me mets à sa place. Elle y croit. Elle a toutes les raisons d’y croire. Elle n’a jamais été aussi proche. Peut-être n’en sera-t-elle jamais à nouveau aussi proche, on peut l’espérer, peut-être que si, on peut le craindre. Mais là, elle y croit. Et elle va encore paumer. Oui, de moins que d’habitude. Oui, c’est effrayant. Oui. Bien sûr. Mais je n’ai pu me décider qu’en me mettant des œillères, sinon je serais déjà à la pêche (sans canne à pêche d’ailleurs, pas très végane : donnez un poisson à quelqu’un, il mangera un jour ; apprenez à quelqu’un à pêcher, il boira des bières dans un canot toute sa vie). J’imagine donc la rage, la frustration, la déception, la colère, le nœud dans les tripes quand elle va perdre. J’imagine d’ailleurs la même chose chez tous ses fachos de partisans. Chez ses électeurs. Et je me mets à parler allemand : schadenfreude. Je prendrai plaisir à cette déception, l’ayant moi-même si souvent ressentie, bue jusqu’à la lie. Ce sera mon seul minuscule plaisir avant longtemps.

Voilà, mes deux seuls éléments de conviction. C’est maigre. Il faut que ce le soit. Je ne vais tenter de convaincre personne de me suivre. Je n’en ai pas la possibilité, n’étant moi-même aucunement convaincu. Juste auto-persuadé. Du coup, je ne publie cet article nulle part, et comme personne ne lit ce que j’écris (à part toi, bien sûr, #coeur #keur #love à toi), ça ne risque pas d’affecter grand monde . Mais j’ai décidé, et c’est irrévocable.

 

PS : (Mouahahahahaha je les avais oubliés ceux-là ^__^) Je ne serai pas présent à mon lieu de vote dimanche. Je dois donc faire une procuration. Je dois donc aller chez les flics. Chez les flics. Moi. Pour aller voter Macron. Qui m’a envoyé ses flics me gazer pendant des semaines pendant la « loi travail » et Nuit Debout. Si ça c’est pas le cosmos qui me chie dans la bouche, je sais pas ce que c’est. Mais j’ai décidé.

Quand ton moi de 2002 te parle depuis son isoloir temporel

Je suis bien trop déprimé et nihiliste ces temps-ci pour parvenir à produire de nouveaux écrits sur mon blog. J’ai perdu ma grand-mère il y a quelques mois, j’ai divorcé, je suis également en divorce syndical, niveau politique je suis apostat et niveau électoral je souffre du syndrome Tsipras-Trump, je vous fais pas un dessin, vous aurez compris.

 

Donc je vais avoir recours au voyage dans le temps, pour alimenter ce blog, ainsi que la réflexion sur LA question actuelle : Macron ou abstention ? Avant ce blog, commencé en 2011 en réaction à la crise naissante qui devait conduire 6 ans plus tard (!) à mon divorce, j’écrivais déjà. Depuis longtemps. Mais seulement pour moi. Une sorte de journal intime, si l’on veut. Je l’appelais « contrandu » pour pas faire trop tarte, un peu décalé et marginal. J’avais 15-16 ans. Le 21 avril 2002, j’étais en voyage au Maroc. Le soir : le choc. Extrait : « Je suis resté assez stoïque, mais une fois couché vers 23h, je me suis écroulé, et j’ai pleuré silencieusement jusqu’à 2h du mat’. Le matin, j’avais mal au ventre, je suis allé aux toilettes où j’ai commencé par vomir, puis j’ai chié pendant 20 minutes du liquide brunâtre, puis j’ai revomi encore deux fois, le tout dans des chiottes à la turque, ce qui est pas cool, mais alors vraiment pas… »

 

Ah ben j’ai jamais dit que j’avais du style à l’époque hein. Je n’ai pas eu l’occasion d’écrire un pavé sur l’entre deux tours en 2002, mais j’en ai écrit un suite au 2e tour des législatives. Je le retranscris ici presque tel quel, débarrassé des abréviations SMS que j’utilisais alors, mais avec les formulations et les idées d’alors. J’ai beaucoup changé depuis, et le reste aussi. Je ne sais pas si ça m’aide à répondre à LA question actuelle. Peut-être un peu.  Je ne sais pas si ça peut vous éclairer vous aussi. Peut-être un peu.

 


9 juin 2002

Du « vote utile » à droite

 

Insécurité, France d’en bas, vote utile, bipolarisation, montée des extrémismes, recul des extrémismes, politique sécuritaire, vague bleue, majorité présidentielle etc. etc. On nous bassine. Qu’est-ce qu’on peut nous bassiner !

Mais ça marche ! Ça marche ! Ce jourd’hui 9 juin 2002, 36% des inscrits n’ont pas daigné voter, et ~ 45% parmi les 64% restants ont choisi la droite. Les gens ont voté à droite. Pourquoi ? Mais pourquoi, bordel ? On leur a dit « le Président a besoin d’une majorité à l’Assemblée pour appliquer sa politique », alors, bons copains, ils se sont dit, on va la lui donner, comme ça il pourra faire sa politique.

Ont-ils oublié quelle politique ? Oui. « La cohabitation est mauvaise pour la France, la France n’avance pas. » C’est vrai. Mais maintenant, qu’est-ce qu’on va régresser, putain ! À gauche, on a pas eu le Président, c’est pas une raison pour leur donner en plus l’Assemblée. Si on ne peut pas avancer mais qu’on a le choix entre stagner et régresser, on stagne bordel, on stagne !

Et oui, on stagne. Il vaut mieux des soc’ endormis pendant 5 ans qu’une droite qui ne va pas s’endormir, elle. Les Français ont donné sa majorité, large majorité, à Chirac, avec laquelle il peut faire passer TOUT SKI VEUT ! Enlever tous leurs droits aux Français qui ont voté pour lui. Cette situation ressemble un peu, par exemple, à un mouton tapant un sprint vers l’abattoir. « Ces moutons effrayés par la liberté s’en allant voter par millions pour l’ordre et la sécurité ».

La France est un pays riche, les gens, la majorité des gens, les électeurs aujourd’hui de l’UMP, sont plutôt aisés, disons qu’ils ont largement chauffage, bouffe, électricité et eau courante. Ceci, voter à droite ne le leur enlèvera pas, se disent-ils. « Au contraire, on tapera sur les arabes qui pourraient nous l’enlever ». Dans 2 mois, ou 1 an, ou 5 ans, Chirac va vous virer de votre job, vous enlever la sécu, vous privatiser l’école, la santé, la poste, l’électricité, et il faudra tout payer au prix fort, et là, et bien là, vous serez plus aussi aisés. Mais vous voyez pas ça, bordel ?! Et encore vous, vous serez contents jusqu’à votre mort d’avoir du fric, mais après votre mort, la planète ne sera plus vivable parce que vous aurez voté pour la déshumanisation de l’Humanité, pour la privatisation de la planète Terre.

J’ai été déçu de voir que V. a voté pour le député sortant UMP. (Note du futur : ce même V. de mes amis est aujourd’hui un fervent macroniste, O tempora, O mores) Si même la jeunesse ne se rend pas compte qu’il faut changer, qu’allons-nous faire ? Faut-il continuer le combat ? Pire encore, y a-t-il encore un combat, n’est-ce pas des coups d’épée dans la vague tonitruante et inamovible du capitalisme mondial et de la destruction de la planète ?

Peut-on changer quelque chose en faisant 1,5% ou 2% ou 3% aux législatives, sans avoir aucun siège ? Comment penser qu’un jour il y aura 200 députés PC, 100 députés LCR et 100 LO à l’Assemblée, comment envisager ce genre de situation qui seule, légalement, donnerait la décision aux progressistes ? La révolution permanente, oui, bien sûr, mais celle-ci passe par l’éducation des masses aux concepts révolutionnaires, à leur élévation spirituelle, à l’abolition de leur égoïsme etc.

Mais là, 5 ans de droite dure, privatisation de l’école en projet, donc rachat par des entreprises de droite, qui donneront une éducation de droite aux familles (de droite ou de gauche) qui peuvent se la payer, et pas d’éducation aux classes pauvres, à cette France d’en bas dont on parle tant, ce qui donnera une jeunesse à moitié éduquée à droite donc de droite, et à moitié pas éduquée, donc méprisée et subordonnée à la première moitié.

Comment redresser la situation sans violence ? Ou plutôt, peut-on redresser la situation sans violence ? On peut, bien sûr, mais il faut voter PS en 2007, avoir Président + Assemblée « gauche plurielle », avoir un peu plus de PC, Verts, et éventuellement de jeunes progressistes LCR ou dérivés de cette époque future en 2012, mettre en place des collectivisations, une société communiste, le tout en réduisant considérablement les inégalités, le chômage, la précarité, et ceci assez vite pour ne provoquer que peu de mécontentements, disons que dans le meilleur des cas on arriverait au bout de 50 ans à une situation libertaire, égalitaire et fraternelle, sans compter les pays étrangers auxquels ça ne plairait pas.

Mais ON N’A PAS LE TEMPS ! Car désormais, le temps nous est compté. En 2100, les conditions climatiques ne seront plus du tout les mêmes, la vie sera différente. Et si on suit le chemin « institutionnel » que j’ai décrit, on ne pourrait réduire la pollution qu’à partir d’au mieux 2020, et ce, uniquement pour la France. Imaginons deux secondes les USA qui polluent pour eux et pour les autres, les Chinois qui sont un milliard à s’y mettre, les Indiens pareil, le Brésil 200 millions à éradiquer la forêt source d’oxygène, imaginons deux secondes tout ceci, et pleurons, pleurons et laissons échapper notre colère et notre désespoir.

Voilà, c’est fait ? Bon, et maintenant, pour finir, récapitulons : nous avons besoin de sauver la vie. Pas la démocratie, les valeurs républicaines, le droit de vote ou l’avortement, non, la vie des êtres vivants sur cette planète qui est la seule à la permettre. Le fait de naître, de vivre, d’aimer et de mourir. Nous devons défendre ceci pour tous, pas pour chacun, pour tous. Chacun de nous ne vaut rien, mais tous nous sommes égaux devant la catastrophe qui se prépare dans l’aveuglement de la vénération du Méga-dieu Argent.

Nous devons donc faire la révolution, non pas permanente, je le crains, mais prendre le pouvoir car le temps presse, et nous n’avons plus le temps de se préparer un terrain entièrement favorable. Stoppons le génocide de tout ce qui vit, stoppons la course à la vente de tout ce qui est, stoppons les pulsions dirigistes de toute la classe mondiale gouvernante, et militons pour la Révolution !



 

Retour en 2017 :

Post scriptum : en grande partie adressé à des gens du peuple « de gauche » ayant choisi contre leur intérêt, le texte ci-dessus n’est pourtant pas directement transposable à LA question actuelle :

  • Macron, est-ce stagner ou régresser ? Stagner sur les libertés, régresser économiquement et socialement ?
  • Pour l’environnement, pour la vie, Macron ou Le Pen ? Ou ni l’un ni l’autre ?
  • Pour de plus grandes chances de Révolution : Macron ou Le Pen ? Ou ni l’un ni l’autre ?

La réflexion continue.